Печать
Категория: La France Orthodoxe
Просмотров: 22

« Que me manque-t-il encore ? »

 

Le piège d’une foi fondée sur nos mérites

 

 

Frères et sœurs,

 

L’Évangile d’aujourd’hui nous présente un homme qui vient à Jésus avec une question qui, au fond, est la question de toute vie chrétienne : « Maître, que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle ? » A première vue c’est un homme sérieux, religieux, honnête. Il ne vient pas pour discuter avec Jésus, mais parce qu’il cherche véritablement la vie éternelle. Jésus lui rappelle les commandements, et l’homme répond : « Tout cela, je l’ai observé depuis ma jeunesse. Que me manque-t-il encore ? » Cette dernière question est peut-être la plus importante de tout le passage : « Que me manque-t-il encore ? »

Parce qu’il est possible de faire beaucoup de choses bonnes et pourtant de sentir qu’au fond de nous quelque chose manque. Nous pouvons être honnêtes, généreux, fidèles à nos devoirs, prier, aller à l’Église, respecter les commandements, et malgré tout ne pas avoir encore donné à Dieu la première place dans notre cœur. Cet homme a fait beaucoup de bien, mais il sent qu’il lui manque encore quelque chose. Et Jésus ne méprise pas tout ce qu’il a fait. Dans l’Évangile selon saint Marc, il est même précisé qu’avant de lui parler, « Jésus posa son regard sur lui et l’aima ». Voilà quelque chose d’essentiel : Jésus ne lui parle pas comme à un homme mauvais, mais comme à un homme qu’il aime et qu’il veut conduire plus loin.

C’est justement parce qu’il l’aime que Jésus lui dit : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis-moi. » Et l’Évangile nous dit que le jeune homme s’en alla tout triste, parce qu’il avait de grands biens. Nous pourrions être tentés de penser que le problème de cet homme est simplement qu’il est riche. Mais les Pères de l’Église nous invitent à aller plus profondément. Saint Jean Chrysostome montre que le problème n’est pas simplement de posséder des richesses, mais de devenir possédé par elles. On peut avoir des biens sans leur appartenir ; mais on peut aussi devenir esclave de ce que l’on croit posséder.

Et c’est là que cet Évangile commence véritablement à nous parler. Peut-être que notre attachement n’est pas l’argent. Peut-être est-ce notre confort, notre réputation, notre travail, notre besoin de contrôler, notre orgueil, notre désir d’avoir raison, une relation, une habitude ou simplement notre manière de vivre dont nous ne voulons pas nous détacher. La question que Jésus pose à chacun de nous n’est donc pas seulement : « Est-ce que tu fais le mal ? » Il nous demande quelque chose de plus profond : « Qu’est-ce qui, dans ta vie, prend la place qui devrait être la mienne ? »

Le jeune homme demande : « Que dois-je encore faire ? » Mais Jésus lui révèle que le problème n’est plus ce qu’il doit faire, mais ce qu’il doit abandonner. Il avait observé les commandements, mais il n’était pas encore libre. Il voulait la vie éternelle, mais il ne voulait pas lâcher ce qui lui donnait sa sécurité ici-bas. Il voulait suivre Jésus, mais il voulait aussi conserver ce qui occupait déjà la première place dans son cœur.

C’est une tentation que nous connaissons tous. Nous pouvons dire au Seigneur : « Je veux te suivre, mais ne touche pas à ceci. Je veux ta paix, mais je ne veux pas abandonner mon ressentiment. Je veux ta volonté, mais je veux continuer à tout contrôler. Je veux être libre, mais je ne veux pas renoncer à cette habitude. Je veux te donner ma vie, mais je veux garder une partie de mon cœur pour moi. » Et peut-être est-ce précisément là que le Christ nous attend.

Saint Augustin a cette magnifique parole : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi. » Le jeune homme riche avait beaucoup, mais il n’avait pas encore trouvé le repos de son cœur. Et nous aussi, nous pouvons posséder beaucoup de choses, rechercher beaucoup de réussites, accumuler beaucoup de sécurités, et pourtant rester intérieurement insatisfaits. Pourquoi ? Parce que rien de ce que nous possédons ne peut prendre la place de Dieu. Notre cœur a été créé pour lui.

Alors Jésus nous demande aujourd’hui de regarder honnêtement notre propre vie et de reprendre la question de cet homme : « Seigneur, que me manque-t-il encore ? » Et il faut avoir le courage d’écouter la réponse. Peut-être que le Seigneur nous montrera quelque chose que nous préférerions ne pas voir. Peut-être nous montrera-t-il précisément ce à quoi nous sommes le plus attachés. Mais il ne le fait pas pour nous condamner. Il le fait pour nous libérer. Le Christ ne nous demande pas de renoncer pour nous laisser pauvres ; il nous demande de lâcher ce qui nous empêche de recevoir ce qu’il veut nous donner.

Remarquons d’ailleurs que Jésus ne dit pas simplement au jeune homme : « Vends tes biens. » Il ajoute : « Puis viens, suis-moi. » Le but n’est pas le dépouillement en lui-même. Le but, c’est Jésus. Le christianisme n’est pas seulement une morale, une liste de règles ou une manière correcte de vivre. C’est une rencontre avec le Christ et une marche derrière lui. Jésus ne veut pas seulement que nous soyons de bonnes personnes ; il veut que nous devenions ses disciples.

Et c’est pourquoi la fin du passage est si importante. Lorsque les disciples entendent Jésus parler de la difficulté d’entrer dans le Royaume, ils lui demandent : « Qui donc peut être sauvé ? » Jésus leur répond : « Pour les hommes, c’est impossible, mais pour Dieu tout est possible. » Voilà l’espérance de cet Évangile. Car si nous regardons seulement nos forces, nous pouvons désespérer. Nous savons combien il est difficile de nous détacher, de changer, de pardonner, de renoncer à notre orgueil, de remettre réellement notre vie entre les mains de Dieu. Mais Jésus nous dit : « Pour Dieu, tout est possible. »

Le jeune homme est reparti triste parce qu’il n’a pas réussi à lâcher ce qui l’empêchait de suivre Jésus. Mais l’Évangile nous invite à ne pas faire la même chose. Lorsque le Seigneur nous montre ce qui doit changer en nous, ne partons pas. Restons devant lui. Demandons-lui la grâce de faire ce que nous ne pouvons pas faire seuls. Car celui qui nous demande de tout lui donner est aussi celui qui nous regarde avec amour.

Alors aujourd’hui, ne demandons peut-être pas seulement : « Seigneur, qu’est-ce que je dois encore faire ? » Demandons plutôt : « Seigneur, qu’est-ce qui m’empêche encore de te suivre pleinement ? Qu’est-ce qui possède mon cœur ? Qu’est-ce que je refuse encore de remettre entre tes mains ? »

Et lorsque le Seigneur nous montrera cette chose, quelle qu’elle soit, souvenons-nous qu’il ne nous la montre pas pour nous éloigner de lui, mais pour nous attirer plus près de lui. Il nous regarde, il nous aime, et il nous dit comme au jeune homme : « Viens, suis-moi. »

Que nous ayons alors la grâce de ne pas repartir tristes, mais de répondre avec confiance : « Seigneur, je ne sais pas si j’en suis capable, mais je te donne ce que j’ai. Fais en moi ce que je ne peux pas faire moi-même. » Amen.

Prêtre Zhivko Zhelev