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Категория: La France Orthodoxe
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La  peur 

 

Bien-aimés frères et sœurs en Christ, chers amis,

Dans la parabole que nous venons d’entendre, trois serviteurs reçoivent des talents de leur maître. Deux d’entre eux les font fructifier. Mais le troisième prend le talent Bienqu’il a reçu, creuse un trou dans la terre et l’y cache. Et lorsque son maître revient, il lui dit simplement : « Seigneur, je savais que tu es un homme dur… j’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre. »

Il y a quelque chose de profondément humain dans cette parole : « J’ai eu peur. » Le serviteur n’a pas perdu son talent. Il ne l’a pas dépensé dans une mauvaise vie. Il ne l’a pas donné à quelqu’un d’autre. Il l’a simplement enterré. Et pourquoi ? Parce qu’il avait peur.

Voilà peut-être l’une des grandes tentations de notre vie spirituelle : nous ne refusons pas toujours Dieu ouvertement. Parfois, nous avons simplement peur de nous donner à lui. Nous avons peur de changer, peur de pardonner, peur de nous engager, peur de faire confiance, peur de sortir de nos habitudes. Alors nous enterrons ce que Dieu nous a confié.

Nous disons : « Je ne suis pas capable. » « Je ne suis pas assez bon. » « Ce n’est pas pour moi. » « Un autre fera mieux que moi. » Et finalement, nous gardons notre talent dans la terre. Nous préférons ne rien risquer plutôt que de risquer quelque chose pour Dieu.

Mais remarquez bien : le maître n’avait pas demandé au serviteur de devenir quelqu’un d’autre. Il lui avait simplement confié quelque chose. Il ne lui avait pas demandé de produire autant que celui qui avait reçu cinq talents. Il lui demandait d’être fidèle avec ce qu’il avait reçu.

C’est important pour nous aussi. Dieu ne nous demande pas de posséder les dons d’un autre. Il ne nous demande pas d’avoir la foi d’un autre, la force d’un autre, la vocation d’un autre. Il nous demande de lui offrir ce que nous avons reçu.

Saint Jean Chrysostome nous rappelle cette responsabilité lorsqu’il dit : « Rien n’est plus froid qu’un chrétien qui ne se soucie pas du salut des autres. » La foi reçue de Dieu n’est pas faite pour être enfermée en nous. Elle devient vivante lorsqu’elle se transforme en amour, en service, en pardon, en présence auprès de celui qui souffre.

Et parfois, ce que nous avons à offrir nous paraît très petit. Une parole de consolation, une visite, une prière, un pardon, un peu de temps donné à quelqu’un. Nous pouvons penser : « Cela ne changera rien. » Mais le Seigneur ne nous demande pas de mesurer la grandeur de notre don. Il nous demande de ne pas l’enterrer.

Car derrière la peur du serviteur se trouve aussi une fausse image de son maître. Il dit : « Je savais que tu es un homme dur. » Il voit son maître comme quelqu’un dont il faut avoir peur, et cette peur l’empêche d’agir.

Nous pouvons parfois faire la même chose avec Dieu. Nous savons qu’il est juste, mais nous oublions qu’il est aussi miséricordieux. Nous regardons nos péchés, nos faiblesses, nos échecs, et nous pensons : « Je ne suis pas digne de revenir vers lui. » Alors nous nous cachons au lieu de nous approcher.

Saint Isaac le Syrien dit : « Ne dis pas : Dieu est juste. Car si Dieu était juste, tu serais perdu. » Il ajoute que Dieu est infiniment miséricordieux. Cette parole ne signifie pas que le péché n’a pas d’importance ; elle signifie que nous ne devons jamais laisser notre peur nous empêcher de revenir vers la miséricorde de Dieu.

Voilà donc ce que le Christ nous demande aujourd’hui : ne pas enterrer par peur ce que nous avons reçu. Peut-être avons-nous peu. Peut-être sommes-nous faibles. Peut-être avons-nous échoué plusieurs fois. Mais ce que nous avons, remettons-le entre les mains du Seigneur.

La vie chrétienne n’est pas l’absence de peur. C’est apprendre à ne plus laisser la peur gouverner notre vie.

Alors, frères et sœurs, lorsque nous entendons aujourd’hui cette parole : « J’ai eu peur », demandons-nous simplement : Qu’est-ce que j’ai enterré dans ma vie à cause de la peur ? Quel pardon ? Quel don ? Quelle prière ? Quel acte d’amour ? Quelle réponse à l’appel de Dieu ?

Déterrons-le ! Prenons ce que Dieu nous a confié, même si cela nous paraît petit, et remettons-le entre ses mains. Car ce qui est petit entre nos mains peut devenir fécond entre les mains de Dieu.

Et lorsque le Seigneur viendra, qu’il ne trouve pas en nous des hommes qui ont conservé leurs dons par peur, mais des serviteurs qui auront osé aimer, servir et faire confiance.

Que le Seigneur nous délivre donc de cette peur qui nous enferme, qu’il purifie notre image de lui et qu’il nous donne la confiance nécessaire pour faire fructifier les dons qu’il nous a confiés.

À lui soient la gloire, l’honneur et l’adoration, avec le Père et le Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.

 

Prêtre Zhivko Zhelev