Notre père parmi les saints JEAN de Shanghai

 

 

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Bien-aimés dans le Christ,

Aujourd'hui, l'Église nous donne en exemple l'une des plus grandes figures de la sainteté contemporaine : saint Jean de Shanghai et de San Francisco. En contemplant sa vie, nous découvrons qu'il n'était ni un grand stratège, ni un homme puissant selon le monde, mais un homme entièrement livré à Dieu. Toute son existence fut une réponse silencieuse à cette parole du Seigneur : « Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et tout le reste vous sera donné »

Dès son enfance, Jean Maximovitch manifesta un amour profond pour la prière et pour les Saints. Devenu moine puis évêque, il ne chercha jamais les honneurs. Il vivait dans une extrême pauvreté, dormait très peu, voire pas du tout, passait de longues nuits en prière et visitait inlassablement les malades, les prisonniers, les orphelins et les plus démunis. Beaucoup le prenaient pour un homme étrange. Son apparence était négligée, il marchait souvent pieds nus, absorbé dans la prière. Mais ceux qui avaient des yeux pour voir reconnaissaient en lui un homme rempli de la grâce de Dieu.

À Shanghai, il reçut la charge d'une communauté composée en grande partie de réfugiés ayant tout perdu après la révolution russe. Il ne se contenta pas d'administrer son diocèse : il en devint véritablement le père. Il parcourait les rues de la ville pour aller chercher les enfants abandonnés, les nourrir, les vêtir et leur offrir un foyer. Sous son impulsion fut fondé un orphelinat qui accueillit plusieurs centaines d'enfants. Beaucoup de ces enfants témoignèrent plus tard que Saint Jean connaissait leurs besoins avant même qu'ils ne les expriment et que, lorsqu'il n'y avait plus de nourriture ou d'argent, il priait simplement avec confiance. Bien souvent, contre toute attente, l'aide arrivait au dernier moment. Pour lui, la Providence de Dieu n'était pas une idée abstraite, mais une réalité quotidienne.

Il célébrait la Divine Liturgie avec une profonde ferveur, visitait sans relâche les hôpitaux, bénissait les maisons, consolait les mourants et passait des nuits entières à prier pour son troupeau. Ceux qui vivaient à Shanghai racontaient qu'il parcourait la ville tard dans la nuit, s'arrêtant devant les maisons pour prier en silence pour ceux qui s'y trouvaient. Son ministère était celui d'un pasteur qui ne connaissait ni horaires ni repos. Lorsque les bouleversements politiques plongèrent la Chine dans le chaos, il demeura aux côtés de ses fidèles jusqu'au dernier moment. Puis, lorsque leur départ devint inévitable, il partagea leur exil sans jamais chercher à sauver sa propre situation. Aux Philippines, sur l'île de Tubabao, il continua de soutenir les milliers de réfugiés russes. Les habitants racontaient qu'aucun typhon ne frappa directement le camp tant que saint Jean y demeura, tant était grande la confiance qu'ils avaient en ses prières. C'est encore lui qui multiplia les démarches auprès des gouvernements étrangers afin que ces familles puissent être accueillies dans de nouveaux pays et commencer une nouvelle vie.

La Providence le conduisit ensuite en Europe occidentale, où il fut nommé archevêque de l'Europe occidentale avec son siège à Paris. Il parcourut sans relâche la France et les pays voisins pour visiter les communautés orthodoxes dispersées, célébrant la Divine Liturgie, confessant les fidèles et réconfortant ceux qui vivaient loin de toute vie ecclésiale. Il rappelait que l'Orthodoxie n'était pas étrangère à cette terre, mais qu'elle avait profondément marqué la Gaule avant le schisme. C'est pourquoi il encouragea la redécouverte et la vénération des saints d'Occident, tels que saint Irénée de Lyon, saint Martin de Tours ou sainte Geneviève, afin que les fidèles redécouvrent les racines orthodoxes de la France.

Pour nous, fidèles de Lyon, il existe une raison toute particulière de rendre grâce : Saint Jean a également servi dans notre église Saint-Nicolas de Lyon. Il a célébré les saints offices ici même où nous nous rassemblons aujourd'hui. Il a élevé ses mains vers le ciel pour cette communauté, il a prié pour les fidèles qui nous ont précédés, et sa bénédiction demeure un héritage vivant pour notre paroisse. Nous ne vénérons donc pas seulement un grand Saint de l'histoire de l'Église ; nous honorons un pasteur qui a réellement marché parmi nous, dont la prière continue, nous l'espérons, d'accompagner notre communauté.

Enfin, envoyé à San Francisco, il trouva une communauté profondément divisée par des conflits internes, des tensions administratives et les difficultés liées à la construction de la nouvelle cathédrale. Beaucoup espéraient qu'il prendrait parti pour l'un ou l'autre camp. Lui choisit une autre voie : rappeler sans cesse que l'Église n'est pas une institution humaine fondée sur les intérêts personnels, mais le Corps du Christ. Cette fidélité à l'Évangile lui attira de nombreuses incompréhensions. Il fut critiqué, insulté et même traduit devant les tribunaux à la suite d'accusations injustes concernant l'administration du diocèse. Il supporta ces humiliations avec une patience évangélique, sans jamais répondre par la colère ni nourrir de ressentiment envers ses accusateurs. Il répétait que le pasteur doit être prêt à souffrir pour son troupeau, à l'image du Christ.

Malgré ces épreuves, rien ne ralentit son ministère. Il continuait de célébrer quotidiennement les offices, de visiter les malades jusque dans les hôpitaux au cœur de la nuit, de répondre aux appels des familles endeuillées et de parcourir des kilomètres pour apporter les saints Mystères à ceux qui ne pouvaient plus venir à l'église. Beaucoup racontaient qu'il connaissait mystérieusement les besoins spirituels des personnes avant même qu'elles ne les expriment. Son amour pastoral ne faisait aucune distinction entre les riches et les pauvres, les enfants et les vieillards, les pratiquants fervents et ceux qui s'étaient éloignés de l'Église.

Le 2 juillet 1966, alors qu'il se trouvait à Seattle avec l'icône miraculeuse de la Mère de Dieu de Koursk-Racine, il remit paisiblement son âme au Seigneur devant cette même icône qu'il avait tant aimée. Quelques jours plus tard, lors de ses funérailles à San Francisco, une foule immense vint lui rendre un dernier hommage. Des années après son repos, lorsque son tombeau fut ouvert, son corps fut retrouvé incorrompu. Depuis lors, d'innombrables fidèles ont témoigné de guérisons, de consolations et d'intercessions obtenues par ses prières. Dieu avait glorifié celui qui, toute sa vie, n'avait cherché qu'à Le glorifier.

Que nous enseigne donc saint Jean ?

Il nous enseigne d'abord que la sainteté n'est pas réservée aux siècles anciens. Elle est possible aujourd'hui. Dans un monde rempli de distractions, il nous rappelle la puissance de la prière. Dans une société qui recherche le confort, il nous montre la joie du sacrifice. Dans une époque marquée par les divisions, il nous apprend à aimer sans juger et à servir sans rechercher la reconnaissance.

Saint Jean nous enseigne aussi que chaque paroisse est un lieu où le Royaume de Dieu peut se manifester. Lorsqu'il célébrait dans notre église Saint-Nicolas, il ne voyait pas une petite communauté oubliée ; il voyait des âmes appelées à devenir des saints. Son regard était toujours tourné vers l'éternité.

Frères et sœurs, la meilleure manière d'honorer saint Jean n'est pas seulement d'admirer ses miracles ou de raconter sa vie. C'est d'imiter son exemple. Si nous prions davantage, si nous pardonnons plus facilement, si nous visitons les malades, si nous prenons soin des pauvres, si nous vivons chaque Liturgie avec un cœur repentant, alors son héritage continuera de porter du fruit dans notre paroisse. Amen.

Prêtre Zhivko Zhelev