La France Orthodoxe
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Fête de la Pentecôte
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Bien-aimés dans le Christ,
Aujourd’hui, l’Église entière célèbre la sainte Pentecôte, l’accomplissement de la promesse du Seigneur. Cinquante jours après la lumineuse Résurrection du Christ, dix jours après Son Ascension glorieuse, l’Esprit Saint descend sur les Apôtres réunis au Cénacle, comme un feu vivant, comme un souffle divin, comme la présence même de Dieu parmi les hommes.
Nous lisons dans l’actes des Apôtres :
« Soudain vint du ciel un bruit pareil à celui d’un violent coup de vent… Des langues qu’on eût dites de feu leur apparurent… et ils furent tous remplis de l’Esprit Saint. »
Ce n’est pas seulement un événement du passé. La Pentecôte n’est pas un souvenir lointain. Elle est la naissance continuelle de l’Église. Elle est la vie même du Corps du Christ. Sans l’Esprit Saint, l’Église ne serait qu’une institution humaine ; avec Lui, elle devient le Royaume de Dieu déjà présent parmi nous.
Avant la Pentecôte, les disciples étaient enfermés, craintifs, hésitants. Après la descente du Saint-Esprit, ils deviennent courageux, lumineux, capables d’annoncer le Christ jusqu’aux extrémités du monde. Voilà l’œuvre de l’Esprit : Il transforme la peur en foi, la faiblesse en force, les pêcheurs en apôtres, les hommes terrestres en citoyens du Ciel.
Frères et sœurs, nous aussi nous avons reçu l’Esprit Saint. Au saint baptême, nous avons été plongés dans la mort et la résurrection du Christ ; à la chrismation, nous avons reçu le sceau du don du Saint-Esprit. Mais souvent, ce feu divin en nous devient faible, étouffé par les soucis, les passions, la colère, l’orgueil, l’indifférence.
La Pentecôte nous appelle donc à raviver ce don.
Comment l’Esprit agit-Il dans une âme ?
Non pas dans le bruit du monde, non pas dans l’agitation, mais dans le silence du cœur purifié. L’Esprit Saint vient là où il y a repentance, humilité, pardon, prière. Il ne force jamais la porte ; Il attend que l’homme ouvre librement son cœur.
Quand l’Esprit habite dans l’homme, alors apparaissent les fruits spirituels : l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la miséricorde. Un chrétien rempli de l’Esprit devient une lumière pour les autres. Même sans beaucoup parler, il porte la présence de Dieu.
Regardons aussi le mystère des langues de feu. À Babel, les hommes furent divisés par l’orgueil ; à la Pentecôte, les peuples sont réunis dans l’Esprit Saint. L’Église orthodoxe n’unit pas les hommes par une idéologie humaine, mais par la communion dans le Christ. Dans un monde déchiré par les divisions, la haine et la confusion, la Pentecôte nous rappelle que seule la grâce de l’Esprit peut rétablir l’unité véritable.
Aujourd’hui encore, le monde a soif de l’Esprit Saint, même s’il ne le sait pas. Les hommes cherchent la paix, mais sans Dieu ; ils cherchent la liberté, mais loin de la vérité ; ils cherchent l’amour, mais sans sacrifice. Pourtant, seul l’Esprit de Dieu peut combler le cœur humain.
Demandons donc avec ferveur :
“Roi céleste, Consolateur, Esprit de vérité, Toi qui es partout présent et qui remplis tout, trésor des biens et donateur de vie, viens et demeure en nous.”
Que l’Esprit Saint descende sur nos familles, sur notre Église, sur ceux qui souffrent, sur ceux qui ont perdu l’espérance. Qu’Il renouvelle nos cœurs desséchés comme la pluie renouvelle la terre.
Et surtout, frères et sœurs, n’oublions jamais ceci : la sainteté n’est pas une œuvre humaine. Elle est la vie de l’Esprit Saint en nous. Le chrétien n’est pas appelé seulement à être “bon”, mais à devenir temple du Saint-Esprit.
Que cette sainte fête de la Pentecôte fasse de chacun de nous une petite flamme du feu divin, afin que le monde voie, à travers notre vie, la lumière du Christ ressuscité.
À Lui soient la gloire, avec Son Père éternel et le très-saint, bon et vivifiant Esprit, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles.
Prêtre Zhivko Zhelev
Dimanche de Tous les Saints
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Frères et sœurs bien-aimés dans le Seigneur,
L'Église nous rassemble aujourd'hui pour célébrer le Dimanche de Tous les Saints. Une semaine après la Pentecôte, après la descente de l'Esprit Saint sur les Apôtres, nous contemplons le fruit de l'œuvre du Saint-Esprit dans l'histoire : la multitude innombrable des saints.
Et c'est précisément pour cette raison que l'Évangile de ce jour nous fait entendre les paroles du Seigneur :
« Quiconque me confessera devant les hommes, je le confesserai moi aussi devant mon Père qui est aux cieux. »
Les saints que nous célébrons aujourd'hui sont ceux qui ont vécu cette parole jusqu'au bout. Ils sont de toutes les époques, de tous les peuples, de toutes les conditions sociales. Certains étaient évêques, prêtres ou moines ; d'autres étaient empereurs, soldats, artisans, épouses, parents ou enfants. Ce qui les unit n'est pas leur origine ni leur vocation particulière, mais leur fidélité au Christ.
Aujourd'hui, le Seigneur les confesse devant Son Père, parce qu'ils L'ont confessé devant le monde.
Saint Jean Chrysostome remarque que le Christ ne parle pas seulement d'une foi intérieure. Il demande aussi une confession visible lorsque les circonstances l'exigent. Les saints ont compris cela. Leur foi n'était pas seulement une conviction secrète ; elle était devenue leur manière de vivre.
Pensons aux martyrs qui ont préféré perdre leur vie plutôt que renier le Seigneur. Pensons aux confesseurs de la foi qui ont souffert l'exil, les prisons ou les humiliations. Pensons aux ascètes qui ont consacré toute leur existence à la prière et à la lutte contre les passions. Pensons aussi aux saints inconnus, dont les noms ne figurent dans aucun calendrier mais qui ont vécu l'Évangile dans le silence et l'humilité.
Tous ont entendu l'appel du Christ et ont répondu par leur vie.
C'est pourquoi l'Église célèbre Tous les Saints immédiatement après la Pentecôte. Les saints ne sont pas des héros isolés qui auraient atteint la perfection par leurs seules forces. Ils sont l'œuvre du Saint-Esprit. La sainteté n'est pas une réussite humaine ; elle est la vie même de Dieu communiquée à l'homme.
Saint Séraphim de Sarov enseignait que le but de la vie chrétienne est l'acquisition du Saint-Esprit. Les saints sont précisément ceux qui ont laissé l'Esprit Saint transformer leur cœur, purifier leur âme et illuminer toute leur existence.
L'Évangile continue pourtant avec des paroles difficiles :
« Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. »
Le Christ n'est pas venu apporter la violence. Lui qui est le Prince de la Paix apporte au monde la paix véritable. Mais cette paix passe par le combat spirituel. Le glaive dont parle le Seigneur est la puissance de la vérité divine qui sépare la lumière des ténèbres.
Saint Théophylacte d'Ohrid explique que ce glaive est la parole de Dieu qui oblige chacun à faire un choix. Devant le Christ, nul ne peut demeurer totalement neutre.
Les saints ont connu cette réalité. Beaucoup ont été incompris par leurs proches. Certains ont été rejetés par leur famille. D'autres ont été persécutés par leur propre peuple. Les martyrs des premiers siècles, mais aussi les nouveaux martyrs des temps modernes, ont souvent expérimenté dans leur chair les paroles du Seigneur : « Les ennemis de l'homme seront les gens de sa maison. »
Pourtant, ils n'ont jamais répondu à la haine par la haine. Ils ont vaincu le mal par l'amour.
Frères et sœurs, le Dimanche de Tous les Saints nous rappelle une vérité essentielle : la sainteté n'est pas réservée à quelques personnes extraordinaires. Elle est la vocation de chaque baptisé.
Lorsque nous regardons les icônes des saints, nous ne contemplons pas une élite inaccessible. Nous contemplons ce que la grâce de Dieu peut accomplir dans un être humain qui Lui ouvre son cœur.
Les saints étaient des hommes et des femmes comme nous. Ils ont connu les tentations, les peurs, les épreuves et parfois même les chutes. Mais ils ont persévéré dans la repentance, dans la prière et dans l'amour du Christ.
Aujourd'hui, l'Église nous invite donc non seulement à les honorer, mais aussi à les imiter.
Le monde moderne admire souvent les célébrités, les puissants ou les riches. L'Église nous présente un autre modèle : les saints. Car ce sont eux les véritables vainqueurs de l'histoire. Les royaumes passent, les empires s'effondrent, les gloires terrestres disparaissent. Mais les saints demeurent éternellement dans le Royaume de Dieu.
Et leur œuvre n'est pas terminée. Ils prient pour nous. Ils nous accompagnent. Ils nous montrent le chemin.
En ce jour béni, demandons à tous les saints de l'Église orthodoxe d'intercéder pour nous. Demandons-leur de nous apprendre à confesser le Christ avec courage, à porter notre croix avec patience et à rechercher avant tout le Royaume de Dieu. Amen.
Prêtre Zhivko Zhelev
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Notre père parmi les saints JEAN de Shanghai
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Bien-aimés dans le Christ,
Aujourd'hui, l'Église nous donne en exemple l'une des plus grandes figures de la sainteté contemporaine : saint Jean de Shanghai et de San Francisco. En contemplant sa vie, nous découvrons qu'il n'était ni un grand stratège, ni un homme puissant selon le monde, mais un homme entièrement livré à Dieu. Toute son existence fut une réponse silencieuse à cette parole du Seigneur : « Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et tout le reste vous sera donné »
Dès son enfance, Jean Maximovitch manifesta un amour profond pour la prière et pour les Saints. Devenu moine puis évêque, il ne chercha jamais les honneurs. Il vivait dans une extrême pauvreté, dormait très peu, voire pas du tout, passait de longues nuits en prière et visitait inlassablement les malades, les prisonniers, les orphelins et les plus démunis. Beaucoup le prenaient pour un homme étrange. Son apparence était négligée, il marchait souvent pieds nus, absorbé dans la prière. Mais ceux qui avaient des yeux pour voir reconnaissaient en lui un homme rempli de la grâce de Dieu.
À Shanghai, il reçut la charge d'une communauté composée en grande partie de réfugiés ayant tout perdu après la révolution russe. Il ne se contenta pas d'administrer son diocèse : il en devint véritablement le père. Il parcourait les rues de la ville pour aller chercher les enfants abandonnés, les nourrir, les vêtir et leur offrir un foyer. Sous son impulsion fut fondé un orphelinat qui accueillit plusieurs centaines d'enfants. Beaucoup de ces enfants témoignèrent plus tard que Saint Jean connaissait leurs besoins avant même qu'ils ne les expriment et que, lorsqu'il n'y avait plus de nourriture ou d'argent, il priait simplement avec confiance. Bien souvent, contre toute attente, l'aide arrivait au dernier moment. Pour lui, la Providence de Dieu n'était pas une idée abstraite, mais une réalité quotidienne.
Il célébrait la Divine Liturgie avec une profonde ferveur, visitait sans relâche les hôpitaux, bénissait les maisons, consolait les mourants et passait des nuits entières à prier pour son troupeau. Ceux qui vivaient à Shanghai racontaient qu'il parcourait la ville tard dans la nuit, s'arrêtant devant les maisons pour prier en silence pour ceux qui s'y trouvaient. Son ministère était celui d'un pasteur qui ne connaissait ni horaires ni repos. Lorsque les bouleversements politiques plongèrent la Chine dans le chaos, il demeura aux côtés de ses fidèles jusqu'au dernier moment. Puis, lorsque leur départ devint inévitable, il partagea leur exil sans jamais chercher à sauver sa propre situation. Aux Philippines, sur l'île de Tubabao, il continua de soutenir les milliers de réfugiés russes. Les habitants racontaient qu'aucun typhon ne frappa directement le camp tant que saint Jean y demeura, tant était grande la confiance qu'ils avaient en ses prières. C'est encore lui qui multiplia les démarches auprès des gouvernements étrangers afin que ces familles puissent être accueillies dans de nouveaux pays et commencer une nouvelle vie.
La Providence le conduisit ensuite en Europe occidentale, où il fut nommé archevêque de l'Europe occidentale avec son siège à Paris. Il parcourut sans relâche la France et les pays voisins pour visiter les communautés orthodoxes dispersées, célébrant la Divine Liturgie, confessant les fidèles et réconfortant ceux qui vivaient loin de toute vie ecclésiale. Il rappelait que l'Orthodoxie n'était pas étrangère à cette terre, mais qu'elle avait profondément marqué la Gaule avant le schisme. C'est pourquoi il encouragea la redécouverte et la vénération des saints d'Occident, tels que saint Irénée de Lyon, saint Martin de Tours ou sainte Geneviève, afin que les fidèles redécouvrent les racines orthodoxes de la France.
Pour nous, fidèles de Lyon, il existe une raison toute particulière de rendre grâce : Saint Jean a également servi dans notre église Saint-Nicolas de Lyon. Il a célébré les saints offices ici même où nous nous rassemblons aujourd'hui. Il a élevé ses mains vers le ciel pour cette communauté, il a prié pour les fidèles qui nous ont précédés, et sa bénédiction demeure un héritage vivant pour notre paroisse. Nous ne vénérons donc pas seulement un grand Saint de l'histoire de l'Église ; nous honorons un pasteur qui a réellement marché parmi nous, dont la prière continue, nous l'espérons, d'accompagner notre communauté.
Enfin, envoyé à San Francisco, il trouva une communauté profondément divisée par des conflits internes, des tensions administratives et les difficultés liées à la construction de la nouvelle cathédrale. Beaucoup espéraient qu'il prendrait parti pour l'un ou l'autre camp. Lui choisit une autre voie : rappeler sans cesse que l'Église n'est pas une institution humaine fondée sur les intérêts personnels, mais le Corps du Christ. Cette fidélité à l'Évangile lui attira de nombreuses incompréhensions. Il fut critiqué, insulté et même traduit devant les tribunaux à la suite d'accusations injustes concernant l'administration du diocèse. Il supporta ces humiliations avec une patience évangélique, sans jamais répondre par la colère ni nourrir de ressentiment envers ses accusateurs. Il répétait que le pasteur doit être prêt à souffrir pour son troupeau, à l'image du Christ.
Malgré ces épreuves, rien ne ralentit son ministère. Il continuait de célébrer quotidiennement les offices, de visiter les malades jusque dans les hôpitaux au cœur de la nuit, de répondre aux appels des familles endeuillées et de parcourir des kilomètres pour apporter les saints Mystères à ceux qui ne pouvaient plus venir à l'église. Beaucoup racontaient qu'il connaissait mystérieusement les besoins spirituels des personnes avant même qu'elles ne les expriment. Son amour pastoral ne faisait aucune distinction entre les riches et les pauvres, les enfants et les vieillards, les pratiquants fervents et ceux qui s'étaient éloignés de l'Église.
Le 2 juillet 1966, alors qu'il se trouvait à Seattle avec l'icône miraculeuse de la Mère de Dieu de Koursk-Racine, il remit paisiblement son âme au Seigneur devant cette même icône qu'il avait tant aimée. Quelques jours plus tard, lors de ses funérailles à San Francisco, une foule immense vint lui rendre un dernier hommage. Des années après son repos, lorsque son tombeau fut ouvert, son corps fut retrouvé incorrompu. Depuis lors, d'innombrables fidèles ont témoigné de guérisons, de consolations et d'intercessions obtenues par ses prières. Dieu avait glorifié celui qui, toute sa vie, n'avait cherché qu'à Le glorifier.
Que nous enseigne donc saint Jean ?
Il nous enseigne d'abord que la sainteté n'est pas réservée aux siècles anciens. Elle est possible aujourd'hui. Dans un monde rempli de distractions, il nous rappelle la puissance de la prière. Dans une société qui recherche le confort, il nous montre la joie du sacrifice. Dans une époque marquée par les divisions, il nous apprend à aimer sans juger et à servir sans rechercher la reconnaissance.
Saint Jean nous enseigne aussi que chaque paroisse est un lieu où le Royaume de Dieu peut se manifester. Lorsqu'il célébrait dans notre église Saint-Nicolas, il ne voyait pas une petite communauté oubliée ; il voyait des âmes appelées à devenir des saints. Son regard était toujours tourné vers l'éternité.
Frères et sœurs, la meilleure manière d'honorer saint Jean n'est pas seulement d'admirer ses miracles ou de raconter sa vie. C'est d'imiter son exemple. Si nous prions davantage, si nous pardonnons plus facilement, si nous visitons les malades, si nous prenons soin des pauvres, si nous vivons chaque Liturgie avec un cœur repentant, alors son héritage continuera de porter du fruit dans notre paroisse. Amen.
Prêtre Zhivko Zhelev
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Les démons Gadaréniens
Mat. 8, 28-34
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen.
Bien-aimés dans le Christ,
L'Évangile de ce jour nous conduit dans un lieu étrange et inquiétant. Après avoir apaisé la tempête sur le lac, notre Seigneur Jésus-Christ aborde le pays des Gadaréniens. À peine est-Il descendu de la barque que deux hommes possédés par les démons viennent à sa rencontre. L'Évangéliste nous dit qu'ils vivaient parmi les tombeaux et qu'ils étaient si violents que personne n'osait passer par ce chemin.
Ces quelques versets nous révèlent bien plus qu'un simple miracle. Ils mettent devant nos yeux le drame de toute l'humanité. D'un côté, le Christ, venu apporter la vie. De l'autre, un monde marqué par la mort, la peur et l'esclavage du péché. Mais ce qui frappe surtout dans ce récit, ce sont les différentes réactions devant la présence du Seigneur. Car le Christ ne laisse jamais personne indifférent. Sa venue oblige chacun à se révéler tel qu'il est.
La première réaction est celle des démons.
À peine aperçoivent-ils Jésus qu'ils s'écrient : « Qu'y a-t-il entre nous et toi, Fils de Dieu ? Es-tu venu ici pour nous tourmenter avant le temps ? »
Quel paradoxe ! Ceux qui sont les ennemis de Dieu reconnaissent immédiatement Celui qui se tient devant eux. Les démons ne doutent pas de l'identité du Christ. Ils savent qu'Il est le Fils de Dieu. Ils savent qu'Il est leur Juge. Ils savent que leur pouvoir n'est que provisoire et qu'ils devront répondre de leurs œuvres.
Cela nous enseigne une vérité profonde. Il ne suffit pas de connaître Dieu intellectuellement. Il ne suffit pas de savoir que le Christ est Seigneur. Les démons le savent mieux que nous, mais cette connaissance ne les sauve pas, parce qu'ils ne L'aiment pas. Leur intelligence reconnaît la vérité, mais leur volonté demeure enfermée dans la révolte.
C'est pourquoi saint Jean Chrysostome écrit :
« Les démons confessent le Christ non par amour, mais parce qu'ils sont contraints par la vérité. La confession qui ne naît pas de l'amour ne procure aucun salut. »
Cette parole doit nous interroger. Nous sommes orthodoxes. Nous confessons le Credo. Nous connaissons peut-être les offices, les jeûnes, les saints canons et les enseignements des Pères. Tout cela est précieux, tout cela est nécessaire. Mais la vraie foi n'est pas une accumulation de connaissances religieuses. La vraie foi est une rencontre avec une Personne. Elle est une communion vivante avec le Christ. Une théologie qui ne devient pas prière finit par dessécher le cœur. Une connaissance qui ne conduit pas à l'humilité peut nourrir l'orgueil au lieu de conduire au salut.
Après les démons vient la réaction des habitants de la région.
Les gardiens du troupeau courent annoncer ce qui vient de se produire. Toute la ville sort à la rencontre de Jésus. Nous pourrions penser qu'ils vont tomber à ses pieds. Après tout, deux hommes que personne ne pouvait maîtriser viennent d'être délivrés. Deux vies détruites viennent d'être restaurées. Le Sauveur est au milieu d'eux.
Pourtant, l'Évangile nous dit une phrase bouleversante : « Ils prièrent Jésus de quitter leur territoire. »
Ils ne contestent pas le miracle. Ils ne disent pas qu'il est faux. Ils savent qu'il s'est produit. Mais ils préfèrent perdre le Sauveur plutôt que de perdre leurs biens.
Saint Hilaire de Poitiers écrit :
« Ils préférèrent leurs biens terrestres à la présence du Sauveur ; ils montrèrent ainsi que leur cœur était davantage attaché aux choses visibles qu'au Royaume invisible. »
Frères et sœurs, cette scène est d'une actualité saisissante. Nous imaginons facilement que nous aurions accueilli le Christ avec joie. Pourtant, combien de fois Lui demandons-nous, nous aussi, de quitter notre territoire ?
Chaque fois que l'Évangile dérange nos habitudes, chaque fois que le Christ nous appelle à pardonner alors que nous voulons nous venger, chaque fois qu'Il nous demande de renoncer à une passion que nous chérissons, chaque fois qu'Il nous invite à donner alors que nous voulons accumuler, chaque fois qu'Il réclame la première place alors que nous préférons nos projets, nos plaisirs ou notre confort, nous Lui disons, sans paroles peut-être mais par nos actes : « Seigneur, éloigne-Toi. Ne bouleverse pas ma vie. »
Le Christ ne s'impose jamais. Il respecte profondément la liberté qu'Il nous a Lui-même donnée. Il frappe à la porte, mais Il ne la défonce pas. L'amour véritable ne contraint jamais. Voilà pourquoi les habitants de Gadara peuvent demander au Seigneur de partir... et Il part. Quel mystère douloureux ! Dieu Lui-même accepte d'être rejeté par ceux qu'Il est venu sauver.
Cependant, au milieu de ce refus, il y a une espérance immense.
Les deux démoniaques sont désormais libres. Eux qui vivaient parmi les tombeaux retrouvent leur dignité. Dans le récit parallèle de saint Luc, l'un d'eux est retrouvé assis aux pieds de Jésus, vêtu et dans son bon sens. Quelle magnifique image de la restauration de l'homme !
Les tombeaux représentent la mort spirituelle dans laquelle le péché enferme l'humanité. Les passions finissent toujours par défigurer celui qui s'y abandonne. Elles promettent la liberté mais produisent l'esclavage. Elles promettent le bonheur mais engendrent l'angoisse. Elles promettent la vie mais conduisent peu à peu vers la mort.
Le Christ, Lui, ne vient pas seulement chasser les démons. Il vient restaurer en l'homme l'image de Dieu obscurcie par le péché.
Saint Cyrille d'Alexandrie l'exprime admirablement :
« Lorsque le Christ chasse les démons, Il ne retire pas seulement un ennemi ; Il rend à l'homme sa dignité première afin qu'il retrouve la beauté de l'image divine. »
Voilà toute la bonne nouvelle de l'Évangile. Le salut n'est pas seulement le pardon de nos fautes. Il est la restauration de notre être tout entier. Dieu ne veut pas simplement nous rendre un peu meilleurs ; Il veut nous rendre capables de participer à sa vie. C'est ce que les saints Pères appellent la déification, la théosis. Selon la parole de saint Athanase le Grand : « Dieu s'est fait homme afin que l'homme devienne dieu par la grâce. »
Cette transformation commence dès ici-bas. Chaque confession sincère, chaque Divine Liturgie, chaque communion reçue avec repentir, chaque combat contre les passions, chaque acte d'amour envers notre prochain restaure progressivement en nous l'image du Christ.
Alors, frères et sœurs, cet Évangile ne parle pas seulement des habitants de Gadara. Il parle de chacun de nous.
À chaque Divine Liturgie, le Christ traverse de nouveau la mer pour venir jusqu'à nous. Il entre dans notre assemblée. Il nous parle dans les Écritures. Il Se donne à nous dans son Corps très pur et son Sang très précieux. Il frappe doucement à la porte de notre cœur.
La seule question est celle-ci : quelle sera notre réponse ?
Ressemblerons-nous aux démons, qui connaissent la vérité sans aimer Celui qui est la Vérité ?
Ressemblerons-nous aux habitants, qui préfèrent leurs sécurités à la présence du Sauveur ?
Ou ressemblerons-nous à ces hommes délivrés, qui acceptent que le Christ transforme entièrement leur existence ?
Demandons aujourd'hui au Seigneur de nous donner un cœur humble, un cœur libre, un cœur capable de L'accueillir sans réserve. Demandons-Lui d'arracher de nous tout ce qui nous éloigne de Lui, afin que, purifiés de nos passions et renouvelés par sa grâce, nous devenions peu à peu ce pour quoi nous avons été créés : des icônes vivantes de son Fils. Amen.
Prêtre Zhivko Zhelev
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Sermon délivré le 20 juin 2026 au skite orthodoxe saint Séraphime de Platina
Matthieu 7,24–8,4
La maison bâtie sur le roc ou sur le sable
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Bien-aimés dans le Seigneur,
L’Évangile que nous venons d’entendre réunit deux scènes qui, à première vue, semblent distinctes : la parabole de la maison bâtie sur le roc et la guérison du lépreux. Pourtant, elles nous révèlent ensemble le même mystère : la foi véritable n’est pas seulement une parole prononcée, elle est une vie construite sur le Christ.
Le Seigneur conclut le Sermon sur la montagne par ces mots : « Quiconque entend ces paroles que je dis et les met en pratique sera semblable à un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc. »
Le Christ ne dit pas : « Heureux celui qui écoute », mais : « Heureux celui qui met en pratique. » L’écoute seule ne suffit pas. Beaucoup admirent l’Évangile ; peu le laissent transformer leur cœur. Saint Jean Chrysostome commente ce passage en soulignant que « le Seigneur ne loue pas ceux qui écoutent seulement, mais ceux qui traduisent Ses paroles en actes ».
La pluie tombe, les torrents viennent, les vents soufflent. Le Seigneur ne promet pas une existence sans épreuves. La vie chrétienne n’est pas l’absence de tempêtes, mais la présence d’un fondement inébranlable.
Quel est ce roc ? L’Église répond d’une seule voix : le roc, c’est le Christ Lui-même.
Nous bâtissons sur le roc lorsque nous fondons notre vie sur la prière, les saints mystères, la repentance, le pardon et l’obéissance aux commandements.
Lorsque notre foi repose seulement sur nos émotions, nos habitudes ou nos succès, la maison finit par s’écrouler. Mais lorsque notre vie est enracinée dans le Christ, aucune épreuve ne peut nous séparer de Son amour.
Puis l’Évangile nous montre un lépreux qui s’approche du Seigneur. Cet homme était exclu de la société, considéré comme impur, privé de la proximité des autres. Pourtant, il s’avance avec une foi profonde et dit : « Seigneur, si Tu le veux, Tu peux me purifier. »
Remarquons qu’il ne doute pas de la puissance du Christ ; il s’en remet humblement à Sa volonté.
Et Jésus accomplit un geste bouleversant : Il étend la main et le touche.
Celui que personne n’osait approcher est touché par Dieu Lui-même.
Le Seigneur ne craint pas notre misère. Il ne s’éloigne pas de nos blessures, de nos péchés ou de nos chutes. Il vient à notre rencontre pour nous relever.
La lèpre du corps devient ici l’image de la lèpre de l’âme : le péché qui nous isole de Dieu, qui défigure en nous l’image divine et qui brise la communion avec nos frères.
Mais le Christ demeure lui-même aujourd’hui. Dans le mystère de la confession, Il touche encore nos blessures. Dans la sainte Eucharistie, Il nous purifie et nous unit à Lui.
Ainsi, ces deux passages nous adressent un même appel.Construis ta maison sur le Christ. Approche-toi de Lui avec humilité. Mets Sa parole en pratique. Et n’aie pas peur de Lui montrer tes blessures. Car la maison bâtie sur le roc est aussi le cœur purifié par la grâce.
Saint Basile le Grand rappelle que « la foi se manifeste dans la vie selon les commandements », car la connaissance de Dieu sans l’obéissance demeure stérile.
Demandons-nous aujourd’hui : sur quoi ai-je construit ma vie ? Sur mes propres forces, sur les opinions du monde, ou sur le Christ ?
Et avec le lépreux, osons répéter chaque jour : « Seigneur, si Tu le veux, Tu peux me purifier. »
Alors, même si les vents soufflent et si les torrents se déchaînent, notre maison ne s’écroulera pas, car elle sera fondée sur Celui qui est la Pierre angulaire, notre Seigneur Jésus-Christ.
À Lui soient la gloire, avec Son Père sans commencement et le Très-Saint, Bon et Vivifiant Esprit, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.
Prêtre Zhivko Zhelev
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L’œil est la lampe du corps
Mat . 6, 22-33
« Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une seule coudée à la durée de sa vie ? » (Mt 6,27)
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Bien-aimés frères et sœurs en Christ,
L’Évangile que nous venons d’entendre nous parle de quelque chose que chacun de nous connaît intimement : notre regard et nos inquiétudes. Le Seigneur dit : « La lampe du corps, c’est l’œil. Si ton œil est sain, tout ton corps sera dans la lumière ; mais si ton œil est mauvais, tout ton corps sera dans les ténèbres » (Mt 6, 22-23). Puis Il poursuit en nous demandant de ne pas nous inquiéter pour notre vie, pour notre nourriture ou pour nos vêtements, en nous montrant les oiseaux du ciel et les lis des champs.
À première vue, ces deux enseignements semblent différents. Pourtant, ils parlent de la même réalité : l’état de notre cœur devant Dieu.
Lorsque le Christ parle de l’œil, Il ne parle pas seulement de l’organe qui voit les choses visibles. Les saints Pères comprennent cet œil comme le regard intérieur de l’homme, cette faculté spirituelle par laquelle nous discernons la présence de Dieu et orientons notre vie. Si cet œil est simple, pur, tourné vers Dieu, alors toute notre existence est illuminée. Mais si ce regard est obscurci par les passions, par l’amour excessif des biens terrestres, par l’orgueil ou par la peur, alors même les choses les plus belles deviennent source de confusion et de ténèbres.
C’est pourquoi le Seigneur enchaîne immédiatement sur le thème de l’inquiétude. Car qu’est-ce qui obscurcit si souvent notre regard intérieur, sinon la préoccupation incessante pour les choses de ce monde ? Nous nous inquiétons pour demain, pour notre santé, pour nos familles, pour notre travail, pour l’avenir de l’Église, pour l’avenir du monde. Bien sûr, certaines de ces préoccupations sont légitimes. Le Christ ne nous demande pas d’être négligents ou irresponsables. Mais Il nous avertit contre cet état intérieur où l’inquiétude devient plus forte que la confiance, où nos pensées tournent sans cesse autour des problèmes au point de perdre de vue la présence de Dieu.
Le Seigneur nous dit : « Regardez les oiseaux du ciel. » Il ne dit pas seulement : pensez aux oiseaux. Il dit : regardez-les. Apprenez d’eux. Ils ne vivent pas dans l’angoisse permanente. Ils reçoivent chaque jour ce que Dieu leur accorde. Puis Il nous invite à contempler les lis des champs. Eux non plus ne s’inquiètent pas de leur apparence, et pourtant Dieu les revêt d’une beauté que les plus grands rois n’ont jamais possédée.
Pourquoi le Christ nous donne-t-Il ces exemples ? Parce qu’Il veut nous rappeler une vérité simple que nous oublions sans cesse : nous avons un Père. Nous croyons parfois en Dieu comme Créateur, comme Juge, comme Maître de l’univers, mais nous oublions qu’Il est notre Père. Et un père prend soin de ses enfants. Lorsque nous vivons dans l’inquiétude continuelle, nous agissons souvent comme si nous étions seuls dans l’univers, comme si tout dépendait exclusivement de nos propres forces.
Saint Séraphim Rose, dont nous pouvons particulièrement nous souvenir en cette semaine où l’Église célèbre tous les saints des Terres Américaines, observait que l’homme moderne est constamment dispersé par les préoccupations extérieures et qu’il perd ainsi le sens de la réalité spirituelle. Il écrivait que le chrétien doit apprendre à voir les événements de ce monde à la lumière de l’éternité. Voilà précisément ce que le Seigneur nous enseigne aujourd’hui. Tant que nous regardons notre vie uniquement à travers les problèmes immédiats, nous sommes écrasés par leur poids. Mais lorsque nous regardons toute chose à la lumière du Royaume de Dieu, les mêmes difficultés prennent une autre dimension.
Cela ne signifie pas que les épreuves disparaissent. Les saints eux-mêmes ont connu la pauvreté, la maladie, les persécutions et les souffrances. Les saints des Terres Américaines que nous célébrons cette semaine ont souvent vécu dans des conditions extrêmement difficiles. Pourtant, ils avaient cette paix intérieure qui naît de la confiance en la Providence divine. Ils savaient que Dieu ne les abandonnerait jamais.
Saint Séraphim Rose disait également que la paix que recherche le monde ne peut être trouvée dans les circonstances extérieures, mais seulement dans le Christ. C’est une parole que nous devons entendre aujourd’hui. Nous passons souvent notre vie à attendre le moment où toutes nos difficultés seront résolues pour enfin être en paix. Mais ce moment n’arrive jamais. Une inquiétude remplace une autre et ainsi de suite. Le Christ nous offre une autre voie : trouver la paix non pas après les épreuves, mais au milieu même des épreuves, par la confiance en Lui.
Frères et sœurs, l’Évangile d’aujourd’hui nous invite donc à examiner notre regard intérieur. Où est fixé notre œil ? Sur les soucis de ce monde ou sur le Royaume de Dieu ? Sur nos peurs ou sur les promesses du Christ ? Sur nos propres forces ou sur la Providence du Père céleste ?
Si nous voulons que notre âme soit illuminée, nous devons apprendre à revenir sans cesse vers le Seigneur dans la prière, à déposer devant Lui nos inquiétudes et à Lui faire confiance. Cela demande un combat quotidien. Mais c’est le chemin de la liberté chrétienne. Plus nous nous abandonnons à Dieu, plus la lumière du Christ éclaire notre cœur.
Demandons donc aujourd’hui au Seigneur de purifier notre regard intérieur, afin que nous puissions voir Sa présence dans toutes les circonstances de notre vie. Demandons-Lui de nous délivrer de l’inquiétude stérile qui consume nos forces et obscurcit notre âme. Et que, par les prières de tous les saints des Terres Américaines, Il nous accorde cette confiance simple et profonde qui fait vivre les saints : la certitude que notre Père céleste sait ce dont nous avons besoin et qu’Il ne nous abandonnera jamais.
Amen.
Prêtre Zhivko Zhelev
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La foi qui attire le Christ
Matthieu 8, 5-13
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Frères et sœurs bien-aimés,
L'Évangile que nous venons d'entendre nous présente la rencontre admirable entre notre Seigneur Jésus-Christ et le centurion de Capharnaüm. Cette rencontre est brève, mais elle contient un enseignement profond sur la foi, l'humilité et la puissance de la parole divine.
Le centurion était un officier romain, un homme étranger au peuple d'Israël. Selon les apparences, il était loin des promesses faites aux patriarches et aux prophètes. Pourtant, c'est précisément cet homme que le Christ donne en exemple à tous. Pourquoi ? Parce qu'il possède ce qui est plus précieux aux yeux de Dieu que toute noblesse, toute science ou toute puissance terrestre : une foi vivante et humble.
Lorsque son serviteur tombe gravement malade, le centurion ne s'abandonne pas au désespoir. Il se tourne vers le Christ. Il reconnaît en Jésus non pas simplement un maître ou un prophète, mais Celui qui détient une autorité divine sur la maladie, la souffrance et même sur la création tout entière.
Le Seigneur lui répond aussitôt : « J'irai et je le guérirai. » Quelle condescendance divine ! Le Fils de Dieu, Créateur du ciel et de la terre, est prêt à entrer dans la maison d'un païen pour sauver un simple serviteur. Ainsi se manifeste l'amour de Dieu qui ne connaît ni frontière, ni race, ni condition sociale.
Mais la réponse du centurion est encore plus étonnante :
« Seigneur, je ne suis pas digne que Tu entres sous mon toit ; mais dis seulement une parole, et mon serviteur sera guéri. »
Ces paroles sont parmi les plus belles de tout l'Évangile. Elles révèlent deux vertus inséparables : l'humilité et la foi.
L'humilité d'abord. Cet homme est puissant selon les critères du monde. Il commande des soldats ; il possède l'autorité militaire ; pourtant, devant le Christ, il se considère comme indigne. Il ne revendique aucun mérite. Il ne s'appuie ni sur sa position ni sur ses œuvres. Il se tient devant Dieu comme un pauvre qui implore la miséricorde.
Saint Jean Chrysostome remarque que le centurion dépasse même ceux qui appartenaient au peuple élu, car « il ne demande pas que le Christ vienne, mais il croit qu'une parole seule suffit pour accomplir le miracle ». Ainsi son humilité devient le fondement de sa foi.
Cette foi est extraordinaire. Le centurion comprend que la puissance du Christ n'est pas limitée par la distance. Lui-même connaît l'obéissance militaire : lorsqu'il donne un ordre, ses soldats l'exécutent. De même, il croit que les maladies, les forces de la nature et toutes les puissances invisibles obéissent au Seigneur de l'univers.
Saint Hilaire de Poitiers enseigne que le centurion reconnaît dans le Christ « l'autorité du Verbe de Dieu par lequel toutes choses ont été créées ». Ce n'est donc pas seulement un miracle qu'il demande ; c'est la manifestation de la puissance créatrice du Verbe éternel.
Le Seigneur s'émerveille alors et déclare :
« Je vous le dis en vérité, même en Israël je n'ai pas trouvé une aussi grande foi. »
Quelle parole redoutable ! Beaucoup possédaient la Loi, les prophètes, le Temple et les promesses ; pourtant ils n'avaient pas cette confiance absolue dans le Christ. Le centurion, lui, n'avait pas reçu ces privilèges, mais son cœur était ouvert à Dieu.
Le Seigneur profite alors de cette occasion pour annoncer le salut universel : « Beaucoup viendront de l'orient et de l'occident et seront à table avec Abraham, Isaac et Jacob dans le Royaume des cieux. »
L'Église voit dans cette prophétie l'appel de toutes les nations. Le salut n'est pas réservé à un peuple particulier ; il est offert à tous ceux qui croient. Les portes du Royaume sont ouvertes à chaque homme qui accueille le Christ avec foi et repentir.
Saint Cyrille d'Alexandrie explique que le centurion devient l'image des nations païennes appelées à entrer dans l'Église, tandis que ceux qui refusent de croire s'excluent eux-mêmes du banquet du Royaume.
Frères et sœurs, cet Évangile nous invite à examiner notre propre foi. Nous sommes peut-être baptisés depuis longtemps. Nous connaissons les prières, les offices et les enseignements de l'Église. Mais avons-nous la confiance du centurion ? Croyons-nous réellement que le Christ peut guérir les blessures de notre âme ? Croyons-nous que Sa parole est capable de transformer notre vie ?
Nous répétons souvent avant la sainte Communion des paroles inspirées de ce centurion : « Je ne suis pas digne que Tu entres sous le toit de mon âme. ». C’est la prière de Saint Jean Chrysostome, la deuxième après le canon dans la règle de prières avant communion. Ces mots ne doivent jamais devenir une simple habitude. Ils doivent exprimer la vérité de notre cœur. Comme le centurion, nous devons nous approcher du Christ avec une profonde humilité, mais aussi avec une confiance sans réserve dans Sa miséricorde.
Le Seigneur n'a pas demandé au centurion des raisonnements compliqués ni des exploits extraordinaires. Il a accueilli sa foi simple, sincère et humble. C'est cette foi qui a obtenu la guérison du serviteur et qui a attiré l'admiration même du Christ.
Demandons donc aujourd'hui au Seigneur de nous accorder cette foi du centurion : une foi qui ne doute pas de Sa puissance, une foi qui s'enracine dans l'humilité, une foi qui s'abandonne totalement à Sa volonté.
Alors nous entendrons nous aussi, au jour de Son Royaume, cette parole de bénédiction : « Qu'il te soit fait selon ta foi. »
À notre Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, soient toute gloire, tout honneur et toute adoration, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.
Prêtre Zhivko Zhelev
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Saints Martyrs Royaux
Jn 15, 17-27
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Bien-aimés frères et sœurs dans le Christ, aujourd’hui l’Église fait mémoire des Saints Martyrs Royaux : le saint empereur Nicolas II, la sainte impératrice Alexandra, le tsarévitch Alexis, les grandes-duchesses Olga, Tatiana, Maria et Anastasia, ainsi que leurs fidèles serviteurs. En les glorifiant, l’Église ne célèbre pas une puissance terrestre, mais une famille chrétienne qui a porté sa croix jusqu’au bout.
Le Seigneur nous dit dans l’Évangile : « Voici mon commandement : aimez-vous les uns les autres. Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous. »
Ces paroles se sont accomplies dans leur vie. Au début du XXᵉ siècle, la Russie traversait une crise profonde : la guerre, la misère et les divisions politiques déchiraient le pays. Après la révolution de 1917, les bolcheviks, conduits par Lénine, prirent le pouvoir. Leur idéologie athée voulait bâtir une société sans Dieu et considérait l’Église orthodoxe comme un obstacle à éliminer. Le tsar, oint de Dieu selon la tradition russe, devint alors le symbole d’un monde qu’ils voulaient détruire.
Lorsque Nicolas II abdique, il renonce à la couronne pour éviter une guerre civile. Commence alors un véritable chemin de Croix. La famille impériale est emprisonnée, transférée de Tsarskoïe Selo à Tobolsk, puis à Ekaterinbourg. Elle perd sa liberté, ses biens et toute sécurité humaine. Pourtant, les témoignages de l’époque montrent qu’elle ne cesse de prier. Chaque jour est rythmé par la lecture de l’Évangile et des Psaumes. Plus l’épreuve devient lourde, plus leur confiance en Dieu grandit.
Dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918, les autorités bolcheviques d’Ekaterinbourg ordonnent leur exécution. Conduits au sous-sol de la maison Ipatiev, l’empereur, son épouse, leurs enfants et leurs fidèles serviteurs sont fusillés. Les bourreaux cherchent ensuite à faire disparaître leurs corps afin d’effacer toute trace de ce crime.
Mais ce que les hommes voulaient ensevelir, Dieu l’a glorifié. Ceux qui semblaient vaincus sont devenus des martyrs du Christ. Leur mort marque le début d’une immense persécution contre l’Église russe : des milliers d’évêques, de prêtres, de moines, de moniales et de fidèles seront emprisonnés ou exécutés parce qu’ils refusaient de renier leur foi.
Saint Jean Chrysostome écrit : « Rien ne rend l’homme aussi fort que la patience dans les épreuves ; celui qui supporte tout avec action de grâce devient invincible. »
Cette parole décrit admirablement les Saints Martyrs Royaux. Leur force ne venait pas du pouvoir impérial, mais de leur communion avec le Christ. Ils avaient perdu leur royaume terrestre, mais ils recevaient déjà le Royaume des cieux.
Le Seigneur ajoute : « Lorsque viendra le Consolateur, l’Esprit de vérité, il rendra témoignage de moi ; et vous aussi, vous rendrez témoignage. » Les martyrs rendent témoignage non seulement par leurs paroles, mais par leur manière de souffrir. Ils montrent que l’amour du Christ est plus fort que la peur et que la mort.
Saint Isaac le Syrien nous enseigne : « Le cœur miséricordieux brûle d’amour pour toute la création, pour les hommes et même pour ceux qui font le mal. »
Voilà la véritable victoire des Saints Martyrs Royaux. Leurs bourreaux ont pu prendre leur vie, mais ils n’ont pas réussi à remplir leur cœur de haine. Comme le Christ sur la Croix, ils ont choisi la paix et l’abandon à la volonté de Dieu.
Frères et sœurs, nous ne sommes peut-être pas appelés au martyre, mais nous sommes appelés chaque jour à un martyre intérieur : pardonner, rester fidèles à la vérité, prier malgré les difficultés et faire de nos familles de véritables Églises domestiques.
Demandons aujourd’hui aux Saints Martyrs Royaux d’intercéder pour nous. Qu’ils fortifient nos familles dans la foi, qu’ils obtiennent la paix pour le monde et qu’ils nous donnent le courage de demeurer fidèles au Christ, quelles que soient les épreuves que nous rencontrerons.
Car le véritable triomphe n’est pas celui des puissants de ce monde. Le véritable triomphe est celui de ceux qui demeurent avec le Christ jusqu’à la fin.
Par les prières des Saints Martyrs Royaux, Seigneur Jésus-Christ notre Dieu, aie pitié de nous et sauve-nous. Amen.
Prêtre Zhivko Zhelev
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