Résurrection du fils de la veuve de Naïn

 

Sur la Terre Sainte, en Palestine, il est une petite ville qui s'appelle Naïn et qui n'a d'autre intérêt particulier que d'être mentionnée dans le saint livre des Évangiles. Nous venons d'entendre lors de la Liturgie que son nom est lié à l'un des plus étonnants miracles de Jésus-Christ.

Nous savons que dans cette ville, le fils unique d'une femme veuve venait de mourir. Il n'est pas difficile d'imaginer le malheur et la tristesse inconsolables de cette mère. Le garçon vient de mourir. On porte son corps hors de la ville pour l'inhumer. Un grand nombre de personnes accompagnent la mère épleurée et tentent vraisemblablement de la consoler, mais sa tristesse est inconsolable. Mais alors que la procession sortait de la ville, ils rencontrent une autre procession, c'était notre Seigneur Jésus-Christ avec Ses apôtres entourés d'une grande foule de personnes. Et voilà que ces deux processions se croisent, se croisent la mort et la Vie.

Hier soir aux vigiles, nous avons glorifié notre Seigneur Jésus-Christ comme étant le Principe de notre vie. Il est l'origine de toute vie, à Ses apôtres Il disait : « Car Je vis et vous vivrez en Moi » (Jn XIV, 19). Il donne la vie à tout ce qui vit. Et voilà qu'Il est confronté à cette triste scène, ce chagrin d'une mère inconsolable. Nous savons qu'en règle générale la mort triomphe de la vie, car toute vie prend fin avec la mort, ce qui est indiscutable. Il n'est pas dit dans l’Évangile que la mère ait demandé quoi que ce soit au Seigneur. Peut-être même ne L'avait-elle pas remarqué, plongée qu'elle était dans son chagrin. Mais le Seigneur avait vu ses pleurs, ses lamentations inconsolables, et Il prit pitié d'elle et lui dit : « Ne pleure pas » (Luc VII, 13) ! Et ceci a dû agir sur elle, car toute parole du Christ est porteuse de force et de pouvoir. Ceux qui portaient le corps du garçon s'arrêtèrent. Le Seigneur toucha le cercueil et s'adressant au défunt lui dit comme à un vivant : « Jeune homme, Je te le commande, lève-toi !» (Luc VII, 14). Le mort se leva et se mit à parler.

Est-il besoin de dire la joie de la mère. Le miracle provoqua une impression stupéfiante. Une grande frayeur les saisit tous : « Un grand prophète a paru parmi nous, et Dieu a visité Son peuple » (Luc VII, 16), dirent-ils. En général on pense que la mort finit toujours par vaincre la vie, mais là nous voyons que lorsque le Principe de notre vie intervient, c'est l'inverse qui se produit. Dans les Evangiles nous lisons fréquemment que notre Seigneur Jésus-Christ a ressuscité des morts, et non seulement Lui-même ressuscitait des morts, mais lorsqu'Il envoyait prêcher les apôtres, Il leur disait : « Guérissez les malades /.../ chassez les démons, ressuscitez les morts » (Mt X, 8).

L'aide divine ne tarde jamais à se manifester là où il y a de la foi. Et si le Seigneur pouvait dire avec tristesse de ses contemporains qu'ils étaient « une race incrédule et perverse » (Mt XVII, 17), ces paroles, malheureusement, se rapportent encore plus à nous. Nous sommes aujourd'hui bien plus incrédules et pervers qu'ils ne l'étaient. Mais lorsque le Seigneur s'adresse à un homme, qu'Il fait appel à sa faible foi et que celle-ci se réveille, alors le miracle se produit.

Il en est toujours ainsi, un chrétien animé d'une foi sincère sait qu'à Dieu tout est possible. Un poète russe a dit : «  Heureux qui a la foi ! Tout lui sourit dans le monde ! ». Et en effet, il est heureux, car la foi est un flambeau puissant entre ses mains qui illumine toute sa vie, ce qui lui permet de voir ce qui est juste. Ce n'est pas en vain que le psalmiste disait : « J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé » (Ps. CXV, 1), autrement dit « j'ai parlé conformément à ce que je croyais ». Ainsi doit être la vie de tout chrétien. La lumière de la foi doit éclairer tout le chemin de sa vie. Et alors, de sa propre expérience, il saura que le Seigneur est proche de ceux qui croient en Lui, et sa vie sera alors comblée de bienfaits divins. Amen.

 

Saint Métropolite PHILARÈTE

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MESSAGE DE LA NATIVITÉ

du Primat de l'Église Orthodoxe Russe Hors-Frontières

« Quand le Fils de l'homme viendra, trouvera-t-Il la foi sur la terre ? » /Luc XVIII, 8/

Tout comme à l'époque de Sa Nativité, le Seigneur ne trouvera qu'une petite poignée de Ses disciples lors de Son Second Avènement. D'année en année, l'Enfant-Dieu vient dans un monde où la foi dépérit toujours plus et où le monde s'enfonce de plus en plus dans l'apostasie. Et cette année, nous pouvons le remarquer tout spécialement. La paix, le souffle d'amour, de silence, l'entente s'éloignent inexorablement du monde et de partout s'installent en maître la cruauté et des instincts étrangers à l'homme. Et plus jamais il n'en sera autrement, car Dieu ne trouvant pas de place pour Lui en ce monde, S'éloigne toujours plus de notre agitation pécheresse - « le Fils de l'homme n'a pas où reposer Sa tête » /Mat. VIII, 20/.

Saints Évêques de Moscou

 

L’Église Orthodoxe Russe glorifie aujourd'hui ses grands hiérarques, les métropolites de Moscou Pierre, Alexis, Jonas, Philippe et le saint patriarche Hermogène qu'elle a agrégé plus tard au nombre de ses saints Primats. Chacun d'eux était un grand évêque, une règle de la foi, une image de la douceur et de la piété. Chacun d'eux était un grand ascète et une parure de l’Église Russe.

Mais ce qui est remarquable, c'est que leurs saints noms ne sont pas seulement inscrits dans les pages d'histoire de l’Église, mais également dans les pages de l'histoire de l’État Russe car, tout en étant à la tête de l’Église, ils ne pouvaient rester indifférents à la vie du pays, comment s'édifiait notre grande et sainte Russie, et ils participaient à ce développement de façon active.

Les temps étaient alors différents. Chaque Russe construisait tant sa vie personnelle que sociale en étroite dépendance avec la vie et les règles ecclésiales. La vie des Russes à l'époque de ces grands saints s'édifiait selon les fêtes et les normes de l’Église. Coopérant avec l’État, l’Église, évidemment, n'oubliait pas sa mission essentielle – le salut des âmes pour l'éternité. Apportant un éclairage de vérité évangélique, l’Église a toujours illuminé la vie nationale, indiquant ce qui est juste et ce qui ne l'est pas.

L'exemple de la vie des saints Alexis et Philippe de Moscou nous montre combien la voix indépendante et audacieuse de l’Église russe savait se faire entendre.

Lorsque le tsar Ivan le Terrible, homme intelligent, génial même peut-être, mais atteint de maladie mentale, se laissait emporter par la colère, ce qui lui arrivait fréquemment pour des raisons injustifiées, le métropolite Philippe ne craignait pas de lui faire grief publiquement, en pleine église, de ses crimes et forfaits. Mais ces réprimandes ne présentaient pas l'ombre d'une révolte contre le tsar. Le métropolite Philippe parlait en père spirituel et en loyal sujet du souverain. Si la nécessité s'était présentée, il serait parti mourir pour ce même tsar dont il dénonçait les agissements. Mais sa conscience de pasteur et d'évêque lui indiquait ce qu'il y avait lieu de dire, et il le disait. Comme il le fit un jour face au tsar pris de colère furieuse en lui disant : « Sur cette terre je suis un étranger, mais je lutte pour la vérité. Et aucune force au monde ne peut me contraindre à me taire ».

Nous savons comment, durant les tristes années de la révolution, les sans-Dieu qui s'étaient emparé du pouvoir en Russie avaient immédiatement déclaré la séparation de l’Église et de l’État comme un de leurs principes fondamentaux. Mais en Russie, depuis de nombreux siècles, l’Église s'était totalement unie au pouvoir de l’État, c'est pourquoi il eût fallu dire non pas « séparation de l’Église et de l’État », mais dire « l’Église est bannie, chassée de l’État ». Toutefois les sans-Dieu n'osèrent pas dire ainsi et dirent simplement que dorénavant l’Église serait séparée de l’État. Et ce fut le début d'un cauchemar qui dure à ce jour.

Mais en tout état de cause, ce qui nous a été légué par nos ancêtres des temps anciens et bénis, nous devons le garder précieusement et chacun doit comprendre que l’Église ne peut pas être séparée de l’État. Certes, elle ne peut pas se fondre en lui selon la parole du Seigneur « Mon Royaume n'est pas de ce monde », signifiant que l’Église et l’État sont de natures différentes, mais en même temps l’État ne peut vivre normalement que tant que l’Église irradie de vérité évangélique toute action du pouvoir civile.

Tous nous croyons que tôt ou tard le Seigneur prendra en pitié notre Patrie consumée de souffrance et de chagrin et que la foi et la justice y triompheront à nouveau et l’État pourra, comme par le passé, édifier sa vie en accord avec l'enseignement de l'Eglise.

Que le Seigneur, par les prières de nos grands hiérarques Pierre, Alexis, Jonas, Philippe et Hermogène, bénisse notre Patrie et la ramène sur la voie de la piété.

 

Saint Métropolite PHILARÈTE

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La pêche miraculeuse

18-ème Dimanche après la Pentecôte

 

Avant de commencer toute action, les chrétiens orthodoxes ont l'habitude d'invoquer la bénédiction divine ; dans certains cas ils demandent la célébration d'un moleben; mais dans tous les cas ils demandent l'aide divine. Et pour comprendre combien l'aide et la bénédiction de Dieu nous sont nécessaires, nous le voyons dans l'évangile de ce jour.

Une fois, notre Seigneur Jésus-Christ parlait avec le peuple sur le rivage du lac de Galilée, lac profond et impétueux que les évangiles nomment parfois mer de Galilée à cause de sa profondeur. Quand Il eut fini, Il s'adressa à l'apôtre Pierre et lui dit : « Avance en pleine mer et jetez vos filets pour pêcher ». Ce à quoi, l'apôtre Pierre répondit : « Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre ».

Toute personne connaissant un tant soit peu la pêche, sait que l'on attrape plus facilement le poisson dans les filets de nuit que le jour. De nuit le poisson ne voit pas le filet, alors que de jour il le voit et peut l'éviter. Toutefois, par obéissance, Pierre ajouta aussitôt : « mais, sur ta parole, je jetterai le filet ».

Et lorsque le filet fut jeté, il ramena une très grande quantité de poissons, au point que le filet en fut déchiré. Pierre et André durent appeler à l'aide leurs amis Jacques et Jean, fils de Zébédée, qui étaient également pêcheurs. Les deux barques furent tellement surchargées qu'elles faillirent couler. Arrivé sur la rive, Pierre tomba aux pieds de son Maître et Lui fit cette prière : « Eloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un pécheur » et le saint évangéliste Luc ajoute : « car l'effroi l'avait saisi, lui et tous ceux qui l'accompagnaient, à cause de la capture de poissons qu'ils avaient faite ». L'apôtre Pierre, étant un pêcheur confirmé, savait qu'il s'agissait là d'un miracle extraordinaire et, en toute humilité, se sachant indigne de se tenir aux côtés de Celui qui réalise de tels actes, il Le prie : « Eloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un pécheu».

Mais cet évangile est également réconfortant pour notre faiblesse. Si nous faisons des efforts et ne voyons pas de résultats, ne nous décourageons pas, mais souvenons-nous que le Seigneur fait en sorte que nous ne comptions pas sur nos propres forces, nos capacités et nos connaissances, mais que nous comprenions notre faiblesse et notre impuissance lorsque nous sommes privés de l'aide de Dieu, c'est-à-dire que nous comprenions ce que le Seigneur avait dit aux apôtres au cours de la Sainte Cène : « Sans Moi, vous ne pouvez rien ».

C'est la raison pour laquelle nous avons tellement besoin de l'aide et de la bénédiction de Dieu. C'est pourquoi, chaque fois que nous constatons le peu de résultat de nos efforts, - ne perdons pas courage, mais invoquons l'aide de Dieu. Même si nos efforts semblent longs et infructueux, ne les relâchons pas et ne cessons pas d'invoquer l'aide divine. Tant que nous nous faisons une haute idée de nous-même et cherchons chez notre prochain et non en nous-même la cause de nos échecs et de nos déconvenues, jamais nous ne pourrons espérer que Dieu nous vienne en aide.

Confions notre vie et nos actes à la Providence divine et prions le Seigneur qu'Il nous accorde Son aide. Et Celui qui a dit dans le psaume 90 : « Il criera vers Moi, et Je l'exaucerai», nous entendra également et il nous sera donné selon notre foi et notre prière. Amen.

saint Métropolite PHILARÈTE





 

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L'Exaltation de la Croix du Seigneur

 

La Croix qui, avant le Christ, était un instrument d'exécution, de mise à mort, et qui provoquait un sentiment de peur et de répulsion, est devenue après la mort en Croix du Christ l'instrument de notre salut. C'est par la Croix que le Seigneur a écrasé le diable ; de la Croix Il est descendu aux enfers et après y avoir libéré ceux qui y séjournaient, Il les a fait entrer dans le Royaume des Cieux. La représentation de la Croix fait fuir les démons et elle est vénérée par les chrétiens comme signe visible du Christ. Le Seigneur l'a fait apparaître dans le ciel à l'empereur Constantin qui marchait sur Rome pour combattre un tyran qui s'était emparé du pouvoir et, après avoir fabriqué un étendard représentant la Croix, l'empereur Constantin remporta une brillante victoire. Pour remercier de l'aide que la Croix lui avait apportée, l'empereur Constantin demanda à sa mère, l'impératrice Hélène, de rechercher la Croix vivifiante du Christ et la pieuse impératrice se rendit à Jérusalem et après de longues recherches fini par la trouver. De nombreuses guérisons et beaucoup d'autres miracles, dans le passé et jusqu'à nos jours, se font tant de la Croix du Christ elle-même, que de ses nombreuses représentations. Par elle, le Seigneur protège Son peuple de tous ses ennemis visibles et invisibles. L’Église célèbre solennellement l'invention de la Croix du Seigneur et commémore également son apparition dans le ciel à l'empereur Constantin. Les jours de commémoration de la Croix, nous demandons tout spécialement à Dieu d'accorder Sa Grâce non seulement à des personnes en particulier, mais à tous les chrétiens, à toute l’Église. Le tropaire de la fête, composé au VIII° siècle par saint Côme de Maïouma, un ami de saint Jean Damascène, le dit expressément :

« Seigneur, sauve Ton peuple et bénit Ton héritage, accorde aux pieux souverains

la victoire sur leurs adversaires et par Ta Croix protège ta cité ».

Le début de cette prière est emprunté au psaume 27. Dans l'Ancien Testament, le mot « peuple » ne s'appliquait qu'à ceux qui professaient la vraie foi, qui étaient fidèles à Dieu. Par « héritage », on entendait tout ce qui appartenait à Dieu, ce qui dans le Nouveau Testament est devenu l’Église du Christ. Le priant de sauver Son « peuple » des tourments éternels et des malheurs terrestres, nous demandons au Seigneur qu'Il bénisse, envoie Sa grâce à toute l’Église et la raffermisse.

Le priant d'accorder « la victoire aux pieux souverains », aux porteurs du pouvoir suprême, c'est en référence au psaume 143 rappelant que c'est par la force divine que le roi David a remporté ses victoires et que c'est par la Croix que l'empereur Constantin a vaincu le tyran. Cette apparition de la Croix a transformé les empereurs de persécuteurs des chrétiens qu'ils étaient en défenseurs de l’Église contre ses ennemis, et en a fait des « évêques extérieurs » selon l'expression de l'empereur Constantin.

L’Église, forte de la Grâce du Seigneur et protégée contre l'extérieur, est la « cité divine » des chrétiens d'où part la voie menant à la Jérusalem Céleste. Toute sorte de malheurs ont ébranlé le monde, des cités, des peuples entiers, des états ont pu périr, mais l’Église, bien que persécutée, parfois même déchirée en son sein, reste inébranlable, car les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle. Aujourd'hui, où l'on voit les efforts stériles des dirigeants de ce monde pour établir la paix sur terre, la seule arme sur laquelle on puisse compter est celle qui est ainsi chantée par l’Église :

« Croix, gardienne de tout l'univers, Croix, parure de l’Église, Croix, force des souverains, Croix, soutien des croyants, Croix gloire des anges et plaie des démons »

 

+ Saint Archevêque Jean de Shangaï

 

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