THEOPHANIE

« Pendant qu’Il priait, le ciel s’ouvrit, et l’Esprit-Saint sous une forme corporelle, comme une colombe » /Luc 3, 2-22/ descendit sur le Fils de Dieu debout dans le Jourdain. La voix de Dieu le Père se fit entendre du haut des cieux : « Celui-ci est Mon Fils bien-aimé, en qui J’ai mis toute Mon affection » /Mat. 3, 17/.

Oui, aujourd’hui également le ciel est ouvert, à nouveau l’Esprit-Saint descend sur les eaux et Dieu rend témoignage de Son Fils. Ah ! si seulement les yeux de notre âme pouvaient s’ouvrir ! Si seulement nos oreilles pouvaient entendre les paroles célestes ! Nous pourrions alors voir que les cieux au-dessus de nous sont ouverts. Nous pourrions voir le Fils de Dieu parmi nous et l’Esprit Saint volant au-dessus de nous et nous pourrions entendre la voix de Dieu témoignant de la divinité du Sauveur du monde. Nous pourrions comprendre comment l’Esprit Saint est descendu sur les eaux leur rendant la bonté originelle qu’elles avaient lors de la création du monde, en leur conférant une force vivifiante qui régénère la nature déchue.

Seuls les cœurs purs voient le divin. Ceux qui sont enténébrés par le péché regardant ne voient pas, écoutant n’entendent pas.

Lors du baptême de notre Seigneur les gens voyaient le ciel, mais le Précurseur Jean seul vit les cieux s’ouvrir. Beaucoup de gens avaient vu le Seigneur Jésus-Christ lorsqu’Il est venu au Jourdain, mais seul Jean comprit que c’était le Fils de Dieu Incarné, alors que les autres ne voyaient en Lui qu’un homme ordinaire, un charpentier, fils de charpentier. Il est possible que Jean n’ait pas été le seul à voir l’Esprit Saint sous forme de colombe descendre sur Lui, mais il fut le seul à comprendre qu’il s’agissait de l’Esprit Saint, alors que les autres le prenait pour le vol d’un simple pigeon.

Beaucoup, sans doute, ont entendu la voix de Dieu le Père sur le Jourdain, mais seul Jean entendit distinctement le témoignage de Dieu sur Son Fils. Les autres crurent entendre un tonnerre grondant au-dessus des eaux, tout comme plus tard ils crurent entendre gronder le tonnerre, alors que c’était la réponse de Dieu le Père à la prière de Son Fils :« Père, glorifie ton nom! Et une voix vint du ciel: Je l'ai glorifié, et je le glorifierai encore. La foule qui était là, et qui avait entendu, disait que c'était un tonnerre. D'autres disaient: Un ange lui a parlé » /Jn 12, 28-29/

De même aujourd’hui nous voyons les nuages qui couvrent le ciel et nous ne voyons pas que les cieux sont ouverts, nous respirons l’air, mais nous ne ressentons pas l’Esprit Saint qui descend sur nous et sur les eaux, nous entendons les paroles des chants liturgiques et nous ne comprenons pas leur puissance divine.

Or, en réalité, parmi nous se tient Celui qui a dit : « Là où deux ou trois sont réunis en Mon nom, Je suis parmi eux » /Mat. 18, 20/ . En réalité les cieux sont ouverts et leur Créateur témoigne de Son Fils Co-Éternel, et l’Esprit Saint descend actuellement sur les eaux pour les sanctifier. Par la grâce divine, cette eau deviendra source de santé corporelle et spirituelle, elle nous sanctifiera nous, nos habitations ainsi que la nature, nous la garderons pure des années entières sans que jamais elle nese corrompe. Elle sera comme la voix divine clamant que notre Seigneur Jésus-Christ est le Fils de Dieu descendu en ce monde pour nous régénérer, rendre notre nature incorrompue, et nous élever dans l’Église Céleste.

Ouvrons nos cœurs par notre foi et du fond de notre âme clamons : «Tu es grand, Seigneur, et admirables sont Tes œuvres, et nulle parole ne suffit à chanter Tes merveilles ! ».

Saint JEAN de Shangaï

O Dieu, aie pitié de moi pécheur

 

Il existe très certainement beaucoup de raisons expliquant pourquoi cette prière, qui peut à certains moments faire naître en notre âme un sentiment très profond, nous la prononçons le plus souvent de façon inconsciente, rapide, de sorte qu’elle ne fait qu’effleurer le bout de nos lèvres. Nous n’avons pas le temps, nous sommes pressés : le matin – pour aller au travail, le soir – pour aller nous coucher. Les soucis nous mangent tout notre temps, toute notre attention, tous les ressorts de notre âme. Nous ne trouvons pas le temps pour nous retrouver en nous-mêmes, nous n’avons pas le temps de scruter notre âme, nous n’avons pas le temps de nous mettre debout devant le Seigneur et de Lui dire comme à un être vivant, à un proche : « O Dieu, aie pitié de moi, pécheur ! » et de le dire avec la certitude absolue de ne pas prononcer cette phrase dans le vide.

Mais si nous n’avons jamais le temps, si les prières que nous faisons chez nous sont toujours imparfaites, si ce cri du publicain ne sort pas du fond de notre âme, du moins maintenant, essayons de nous tenir droit et dans la crainte de Dieu demandons-nous pourquoi il en est ainsi, n’y a-t-il pas de moyens de se corriger ?

Pourquoi cette courte prière qui a justifié le publicain en dépit de son indignité et de tous ses péchés, ne nous apporte pas, à nous, cette même justification ? Ne serait-ce du fait que nous ne mettons pas tout notre cœur à le dire ? Nous ne ressentons pas le besoin de nous frapper la poitrine comme le publicain, car c’est là un geste de contrition profonde, porté de tout notre cœur. Nous ne baissons pas notre regard, parce que c’est le signe d’une humilité. Nous ne faisons rien de tout cela. Et c’est regrettable à en pleurer, car Dieu n’aime que les cœurs contrits et humbles et Il ne les méprise pas.

Et pourtant un cœur n’est pas une pierre ! On a beau frapper une pierre, jamais elle ne se ramollira. Alors qu’il est possible d’attendrir un cœur humain. Ce n’est pas en vain que le prêtre qui se prépare à célébrer la Liturgie, prie ainsi : « Viens dans mon cœur, Seigneur, transforme mon cœur de pierre en un cœur de chair qui puisse Te craindre, T’aimer, Te vénérer, Te suivre et être nourri par Toi ! ».

C’est avec l’espoir d’une telle modification du cœur humain, avec l’espoir que le Seigneur qui est toujours prêt à transformer notre cœur mauvais, froid, renfermé, égoïste pour le rendre doux, tendre, aimant que nous avons désiré délivrer ce sermon.

« O Dieu, sois nous propice, à nous pécheurs ! ». Car tant que je me console à l’idée de ne pas être pire que les autres, que je considère que mes péchés sont tout ce qu’il y a d’ordinaire et sont pardonnables, je ne suis pas en mesure d’éprouver le sentiment de pénitence, de remords, et le sentiment d’affliction ne peut pas naître en moi. Il faut se mettre devant Dieu et nous regarder non pas avec nos propres yeux qui sont pernicieux et bien trop complaisants pour nous-mêmes, mais essayer de nous scruter avec les yeux du Christ. Comment le Christ-Sauveur voudrait nous voir dans notre vie quotidienne ? Tout ce dont notre cœur, notre tête sont remplis, toute notre activité – tout cela apporte-t-il de la consolation à notre Père Céleste ? Il faut absolument que le Christ soit présent dans notre vie, qu’Il soit notre compagnon de route ; nous devons tout faire comme si nous étions toujours devant ses yeux. Et ce n’est seulement là que tout ce qui se cache en nous apparaîtra sous sa vraie lumière. Nous cesserons alors de nous consoler à l’idée que nous ne sommes pas pire que les autres, alors seulement pourra naître ce profond élan de notre cœur qui nous permettra de nous exclamer le cœur contrit : « O Dieu, aie pitié de moi pécheur ! ». Amen

Archiprêtre Victor Illienko

Le Carême de la Nativité

 

Le 25 décembre selon le calendrier julien (7 janvier selon le calendrier grégorien) nous célébrons la fête joyeuse de la Nativité du Christ. C'est la venue dans notre monde pécheur du Dieu Verbe Incarné. Dieu est devenu Vrai Homme sans cesser d'être Vrai Dieu afin de nous sauver du péché, de la malédiction et de la mort qui pesaient sur toute l'humanité consécutivement à la chute de nos ancêtres Adam et Eve. Cette immense fête est en réalité la mère de toutes les fêtes, car en elle trouvent leur fondement la Théophanie, la Pâque, l'Ascension et la Pentecôte. Si le Christ n'était pas né dans la chair, Il n'aurait pas été baptisé – ce qui est la fête de la Théophanie ; Il n'aurait pas souffert et ne serait pas ressuscité – ce qui est la fête de la Pâque ; Il n'aurait pas envoyé le Saint Esprit – ce qui est la Pentecôte. Ainsi, de cette fête de la Nativité du Christ sont nées toutes nos autres fêtes comme d'une même source naissent différents ruisseaux.

Il est donc compréhensible que la sainte Église nous appelle à nous préparer à accueillir cette grande et joyeuse fête. Elle désire que nous préparions nos âmes à sa célébration solennelle par le jeûne et la pénitence, que nous entrions par avance dans l'esprit et l'état d'esprit de cette fête, afin que nous la célébrions de façon consciente et qu'elle porte en nous des fruits et soit salutaire pour nos âmes.

Mais est-ce que nous nous préparons comme il se doit à la venue dans ce monde du Fils de Dieu ? Malheureusement, peu nombreux sont aujourd'hui les vrais chrétiens, même parmi les orthodoxes ! Alors que les ennemis du Christ ont tout fait pour éradiquer cette fête de nos consciences, la priver de toute signification, en ont fait une banale « fête saisonnière » pour laquelle il est de coutume de s'offrir mutuellement des cadeaux. Les commerçants, avides de profit, se préparent bien en amont en faisant la publicité pour leurs produits : et nous savons que c'est une période où effectivement le commerce est très actif et très lucratif pour les commerçants. Mais presque personne n'a la moindre pensée pour Celui qui est né en ce jour de fête – le Christ Sauveur du monde ! Ce jour se résume à des réjouissances, des distractions, des festins, des cadeaux – toutes choses qui n'ont rien de commun avec la Nativité du Christ. Et de nos jours, nous voyons combien en ce jour cet événement grandiose de l'histoire de l'humanité est de plus en plus oublié et ignoré.

Voilà avec quelle ruse et quelle maîtrise travaillent les ennemis du Christ et il est triste de voir que nombre de nos fidèles orthodoxes se laissent entraîner dans ce courant de « guerre froide » contre le christianisme.

Et cependant, notre sainte Église nous enseigne à une tout autre célébration de cette fête et nous appelle 40 jours avant à nous y préparer. Évidemment, non seulement on peut faire des cadeaux, c'est même très bien, cependant ce ne doit pas être une fin en soi. Célébrer de façon chrétienne, n'est possible que lorsque nous nous efforçons de purifier nos âmes de toute impureté et de tout péché.

C'est dans ce but que dès les premiers siècles du christianisme, l’Église a établi un Carême de 40 jours précédant la Nativité du Christ, 40 jours pendant lesquels on jeûne, on se confesse et l'on communie aux Saints Dons. Ce Carême de la Nativité commence le 15/28 novembre, il est parfois appelé « Carême de Philippe » car il débute le lendemain du jour où nous faisons mémoire de l’apôtre Philippe (14/27 novembre).

Ce Carême n'est pas aussi strict que le Grand-Carême : les lundi, mercredi, vendredi on s'abstient de consommer du poisson, du vin et de l'huile et les autres jours seul le poisson est interdit, en revanche les samedi et dimanche le poisson est autorisé. Du 20 au 24 décembre/2 au 6 janvier on s'abstient de manger du poisson. La veille de la Nativité on mange traditionnellement de la « koutia » ou « kolivo », préparation de graines de blé mélangées à du miel ou autre graminée bouillies et des noisettes ce qui doit nous rappeler que le Carême ne s'interrompt qu'après la Liturgie de Noël.

Sept jours après le début du Carême (21 novembre/4 décembre) on célèbre l'Entrée au Temple de la Très Sainte Mère de Dieu. C'est une très grande fête qui entre au nombre des « Douze grandes fêtes » de l'année liturgique qui annonce en quelque sorte la Nativité du Christ. «Dans le temple de Dieu, la Vierge se montre clairement et, d’avance, elle annonce le Christ à tous », chantons-nous dans le tropaire de cette fête et l'événement même est appelé « prélude de la bienveillance de Dieu », car la Nativité fut la conséquence de ce que la Très-Pure Vierge Marie soit entrée dans le temple et y a reçu son éducation spirituelle qui a fait d'elle un vase de l'Incarnation du Fils de Dieu. C'est pourquoi, à compter de ce jour aux offices des vigiles est chanté le chant triomphal de la Nativité : « Le Christ naît, glorifiez-Le ; le Christ descend des cieux, allez à Sa rencontre ; le Christ est sur terre, relevez-vous. Chantez le Seigneur toute la terre et, dans votre joie, peuples, célébrez-Le, car Il S'est couvert de gloire ». 

Nous devons écouter ce chant avec un cœur ému, car il nous annonce la venue prochaine de la fête joyeuse de la Nativité selon la chair de Notre Seigneur Jésus-Christ. Et plus nous approchons de ce jour radieux, plus nous entendons lors des offices des paroles qui nous en rapprochent.

Deux semaines avant la Nativité, nous commémorons les saints Ancêtres, les Justes vétérotestamentaires, grâce auxquels a été maintenue parmi les hommes la foi en un Messie à venir et Sa manifestation sur terre a été rendue possible. Et le dernier dimanche avant la Nativité, Dimanche de la Généalogie, la sainte Église glorifie toute la généalogie des ancêtres du Christ dans la chair et à la Liturgie est lu l'évangile de saint Matthieu qui énumère cette généalogie depuis Abraham. De façon particulièrement solennelle l’Église célèbre la vigile de la Nativité avec lecture des prophéties annonçant la venue du Messie. La joie s'exprime dans ce chant triomphal reprenant les paroles prophétiques d'Isaïe : « Dieu est avec nous, sachez-le nations et soumettez-vous, car Dieu est avec nous » !

C'est ainsi que progressivement durant ces 40 jours l’Église nous prépare à cette fête que les livres liturgiques nomment également Pâque, la Pâque d'hiver. C'est ainsi que durant des siècles et des siècles, les chrétiens se préparaient et célébraient cette fête joyeuse annoncée par les prophètes. Et que voyons-nous aujourd'hui ?

Les ennemis de Dieu ont de tout temps, et tout spécialement de nos jours, cherché à effacer le Christ de la conscience des chrétiens et ont pu atteindre des résultats significatifs par la faute même des chrétiens. C'est ainsi que le monde chrétien contemporain en est venu à célébrer la Nativité du Christ … sans le Christ !

Il n'y a rien de mal dans la coutume du sapin de Noël et des cadeaux pour les petits enfants, mais ce qui est mal c'est lorsque le sapin et les cadeaux en viennent à éclipser le Christ, jusqu'à aboutir à Son total oubli ! N'oublions jamais que, pour nous chrétiens, le Christ doit toujours occuper la première place, être au centre de notre vie, et ce notamment les jours où nous célébrons Sa venue parmi nous, pour notre propre salut.

Sachons que nous devrions avoir honte d'emboîter le pas aux ennemis du Christ, qui poussés par le diable luttent contre Lui et s'efforcent par tous les moyens de nous entraîner dans leur camp. Se peut-il que pour des biens éphémères par lesquels ils tentent de nous séduire, nous soyons prêts à trahir notre Seigneur et Sauveur ?

Qu'il n'en soit jamais ainsi !

D'après + Archevêque AVERKY

Saint et Juste JEAN de Kronstadt

 

Lorsque nous étudions la vie de saint Jean de Kronstadt, nous constatons qu’il a commencé sa vie de prêtre de la même façon que beaucoup d’autres prêtres. Il était né dans une famille pauvre d’un modeste chantre, avait connu la pauvreté, le besoin avant de recevoir la prêtrise. Mais il y a une énigme ; comment, ayant commencé sa vie comme tant d’autres prêtres, est-il devenu ce géant spirituel, comme il y en a peu, non seulement en Russie, mais dans toute l’Église Universelle ?

Il faut encore se souvenir combien son ascèse était ardue. Nos plus grands saints, comme saint Serge ou saint Séraphim et d’autres, se retiraient du bruit et de la vanité de ce monde, alors que tout le labeur pastoral de saint Jean s’est déroulé au milieu des masses humaines.

Mais il a lui-même donné l’explication à cette énigme. Ayant commencé son périple pastoral comme l’un des simples prêtres de la cathédrale de Kronstadt, il a tendu toute son attention et toutes ses forces à ce que nous appelons « l’homme intérieur ». Il dira lui-même par la suite qu’il avait décidé fermement, dès son premier jour de prêtrise, de se surveiller, de se contrôler en permanence. Ainsi, il s’efforçait de réprimer tous les désirs pécheurs, toutes les inclinaisons vers le péché dès qu’elles affleuraient son âme.

Nous voyons là combien il est différent de nous, grands pécheurs. Combien de péchés et de séductions nichent dans notre âme pécheresse !… Combien faibles et impuissants sommes-nous lorsqu’il nous faut vaincre le péché, parce que nous avons tardé à entrer en lutte contre lui, car lorsque le péché a déjà pris possession de notre âme, il est alors plus que difficile de le vaincre et de le chasser de son âme. Quant à saint Jean, dès lors qu’il remarquait en soi une insinuation pécheresse, car cela lui arrivait aussi, il était un homme comme nous, il l’arrêtait immédiatement et entamait une lutte sévère contre notre ennemi, le Séducteur, qui, comprenant qu’il avait affaire à un serviteur de l’Église tout à fait exceptionnel, se mettait à l’assaillir de façon telle que les gens pouvaient le voir. Un des prêtres qui avait souvent célébré avec le père Jean dans sa jeunesse témoignait : « Que de fois ai-je vu comment l’ennemi tentait d’enchaîner le père Jean durant la célébration ; son visage alors s’assombrissait, il s’arrêtait, se tenait immobile et l’on voyait qu’en son for intérieur une lutte terrible se déroulait. Il invoquait alors le Nom du Seigneur et il s’illuminait entièrement, joyeusement et avec entrain, baigné de grâce divine, reprenait la célébration ». Menant un tel combat contre ses inclinations pécheresses, contre l’ennemi de notre salut, le père Jean rapidement se mit à grandir spirituellement.

Et à un certain moment il se transforma en thaumaturge, d’abord de Kronstadt, puis de toute la Russie. Nous savons combien sa célébrité a franchi les frontières de la Russie, parce que de tous les coins de notre monde s’élevaient vers lui des demandes pour qu’il prie, de sa prière puissante et audacieuse, auprès du trône de notre Seigneur de Gloire. Nous avons eu en Russie beaucoup de grands saints qui accomplissaient de très nombreux miracles, mais un tel océan de miracles, dont on ne saurait en calculer le nombre et qui accompagnaient saint Jean dans la seconde moitié de sa vie pastorale, nous n’en avons jamais eu de pareil. Ce n’est pas pour rien que ses enfants spirituels et tous ceux qui le vénéraient, disaient que cela leur rappelait les temps évangéliques. Tout comme les miracles fleurissaient autour du Christ, de même un flot incessant de miracles entourait Son fidèle serviteur.

Voilà quel homme de prière et thaumaturge, le Seigneur a envoyé au peuple russe à la veille des temps difficiles qu’il allait endurer. Le père Jean avertissait, sonnait l’alarme. Dans ses sermons des dernières années il le répétait sans cesse. Il disait : « Peuple russe, préserve ton bon et pieux Tsar. Si tu parviens à le garder, la Russie restera pour de longues années encore puissante et glorieuse pour le plus grand bonheur de ses amis et la crainte de ses ennemis. Et si tu ne le préserves pas, on tuera ton Tsar ainsi que la Russie, et toi tu connaîtras le déshonneur et on ira jusqu’à te priver de ton nom » !

De quelle terrible façon s’est réalisée sa prédiction… Le peuple russe n’a pas voulu écouter ce grand prophète que le Seigneur lui avait envoyé et sur la Russie se sont abattus des maux terribles qui durent jusqu’à présent. Mais nous avons foi en notre grand saint qui intercède pour nous par sa prière. Le saint père Jean n’a jamais refusé sa prière pastorale à qui la demandait lorsqu’il était sur terre. Maintenant qu’il est près du trône terrible du Seigneur de Gloire, qu’il se tient dans Sa Gloire avec les autres grands saints de Dieu, nous savons avec assurance qu’il ne nous oublie pas et qu’il n’oublie pas notre malheureuse Patrie, et qu’il élève là-haut ses prières ardentes. Que par ses saintes prières le Seigneur envoie à notre peuple épuisé par tant de tourments, la libération espérée de tous ses malheurs et du joug des sans-Dieu. Amen

 

Saint Métropolite PHILARÈTE

La Parabole du Semeur

Le Seigneur a prononcé cette parabole devant une foule si nombreuse, qu’Il a dû monter dans une barque qui se trouvait au bord du lac de Tibériade. Saint Jean Chrysostome disait que le Seigneur parlait en paraboles pour rendre Sa Parole plus expressive, pouvoir mieux l’imprégner dans les esprits et mieux faire apparaître les faits aux yeux de ceux qui l’écoutaient. Dans cette parabole sur le Semeur, sous les traits duquel Il se représentait Lui-même, les graines étaient la Parole Divine qu’Il enseignait, tandis que le terrain où tombaient ces graines étaient les cœurs de ceux qui L’écoutaient. Écoutant Son récit, ils pouvaient revoir en pensée leurs propres champs, le chemin qui les traversait, parfois bordé de ronces, par endroits pierreux, couverts seulement d’une fine couche de terre. Le geste du Semeur est en outre une parfaite image de l’enseignement de la Parole Divine qui, tombant dans les cœurs pouvait, en fonction de l’état de ceux-ci, soit rester infertile, soit porter des fruits plus ou moins gros.

En réponse à la question de Ses disciples – pourquoi leur parles-Tu en paraboles, le Seigneur répondit : « A vous, il a été donné de connaître les mystères du Royaume des Cieux, mais à eux, cela n’a pas été donné ». La connaissance des vérités divines, bien que de façon encore incomplète avant la descente de l’Esprit Saint, avait été donnée aux disciples du Seigneur, en tant que futurs propagateurs de l’Évangile, alors que tous les autres n’étaient pas capables d’appréhender ces vérités du fait de leurs mœurs grossières et des idées fausses sur le Messie et Son Royaume qui étaient véhiculées par les scribes et les pharisiens, ce dont parlait déjà le prophète Isaïe. Si l’on montrait à de telles personnes moralement corrompues la Vérité telle qu’elle est, sans la couvrir du moindre voile, la voyant ils ne la verraient pas, l’entendant ils ne la comprendraient pas. Ce n’est qu’en la présentant sous un voile imagé et utilisant des représentations familières, que la Vérité pouvait devenir accessible à leur entendement.

« On donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance ; mais à celui qui n’a pas, on ôtera même ce qu’il a », aimait à dire le Seigneur à plusieurs endroits de l’Évangile. Cela signifie qu’un riche, s’il travaille avec zèle, s’enrichira toujours plus, et le pauvre, s’il est paresseux, perdra le peu qu’il possède. Dans un sens spirituel cela veut dire : vous, qui êtes apôtres, avec les connaissances des mystères du Royaume des Cieux qui vous ont déjà été données, vous pouvez approfondir encore ces mystères, les comprendre de manière encore plus parfaite ; en revanche, le peuple perdrait le peu qu'il lui reste de connaissance de ces mystères si, en les lui expliquant on ne les lui présentait pas d'une manière qui lui soit plus compréhensible.

Ceux dont le cœur est corrompu par le péché ne sont pas capables de comprendre la Parole de Dieu : ils l’entende, mais elle ne pénètre pas en eux, tout comme cette graine sur le chemin ouvert aux quatre vents dont le Malin s’empare aisément, la rendant inopérante.

Le sol pierreux, ce sont ces gens qui se passionnent pour la prédication de l’Évangile, trouvent même du plaisir et de l’intérêt à l’écouter, mais dont le cœur est froid, immobile et dur comme de la pierre : ils ne sont pas à même de modifier leur mode de vie habituel, de se défaire de leurs péchés coutumiers qu’ils aiment tant, de lutter contre les tentations, d’endurer toutes sortes d’afflictions et de privations pour la vérité de l’Évangile. S’ils tentent de lutter contre les tentations, ils se laissent finalement séduire par elles, perdent courage et tournent le dos à la foi et à l’Évangile.

Le sol couvert d’épines, ce sont les gens dont les cœurs sont empêtrés dans les passions – la dépendance à l’argent, aux plaisirs et d’une façon générale aux biens de ce monde.

Et enfin, la bonne terre ce sont les gens aux cœurs bons et purs qui, ayant entendu la Parole Divine, ont pris la résolution ferme d’en faire le guide de toute leur vie et de produire les fruits de la vertu. « Les sortes de vertus sont variées, comme le sont ceux qui prospèrent dans la sagesse spirituelle ». /Bienheureux Théophilacte/

+ Archevêque AVERKY