Fête  du  Pokrov

 

Chers frères et sœurs en Christ,

Aujourd’hui, notre Église célèbre une fête pleine de tendresse et d’espérance : le Pokrov, la Protection de la Très Sainte Mère de Dieu. Selon la Tradition de l’Église, saint André le Fol-en-Christ et son disciple Épiphane virent la Mère de Dieu apparaître dans l’église des Blachernes, à Constantinople. Elle priait pour le peuple chrétien et étendait son voile au-dessus des fidèles, comme signe de sa protection maternelle. Ce voile nous rappelle une vérité essentielle : nous ne sommes pas seuls dans les épreuves de notre vie.

La Très Sainte Vierge Marie n’attire pas notre regard vers elle pour nous éloigner du Christ. Au contraire, toute sa vie nous conduit à Jésus. Aux noces de Cana, elle dit aux serviteurs : « Faites tout ce qu’Il vous dira » (Jean 2, 5). Saint Jean de Damas, grand Père de l’Église, nous enseigne par sa vénération de la Mère de Dieu que celle qui a enfanté le Verbe incarné occupe une place unique dans l’histoire de notre salut.

Lorsque nous demandons la protection de la Mère de Dieu, nous lui demandons donc de nous aider à demeurer fidèles au Christ, à garder la foi dans les difficultés et à ne pas perdre l’espérance lorsque notre cœur est troublé.

Combien de fois, en effet, sommes-nous accablés par les soucis, les maladies, les conflits familiaux ou la peur de l’avenir ? Combien de fois prions-nous seulement lorsque nous n’avons plus de solution humaine ? La fête du Pokrov nous invite à revenir à Dieu avec confiance, comme des enfants qui se réfugient auprès de leur mère. Mais elle nous invite aussi à écouter le Christ et à mettre ses commandements en pratique.

Saint Isaac le Syrien nous enseigne, dans ses écrits spirituels, que le cœur miséricordieux est un cœur qui souffre et prie pour toute la création. Cette pensée nous aide à comprendre le sens profond de la protection que nous célébrons aujourd’hui. Nous demandons à la Mère de Dieu de nous couvrir de son voile, mais sommes-nous prêts, nous aussi, à couvrir les autres de notre amour ? Prions-nous pour ceux qui nous ont blessés ? Savons-nous pardonner à ceux qui nous ont offensés ? Prenons-nous soin des personnes seules, des malades et de ceux qui traversent des moments difficiles ?

Nous ne pouvons pas demander sincèrement la protection de la Mère de Dieu tout en fermant notre cœur à notre prochain. Son voile nous rappelle que l’Église est une famille, que nous sommes appelés à porter les fardeaux les uns des autres et à devenir des instruments de paix.

Frères et sœurs, en cette fête du Pokrov, ne demandons pas seulement à la Mère de Dieu de nous protéger des dangers extérieurs. Demandons-lui aussi de nous protéger de l’orgueil, de la colère, du jugement et du désespoir. Que son intercession nous aide à garder la foi, à aimer davantage et à demeurer fidèles au Christ jusqu’à la fin. Et lorsque viendront les jours difficiles, souvenons-nous que notre espérance ne repose pas sur nos seules forces, mais sur la grâce de Dieu, qui nous accompagne, et sur la prière de la Très Sainte Mère de Dieu.

Que son saint voile s’étende sur nos familles, sur notre paroisse, sur les malades, sur les personnes dans la détresse et sur tous ceux qui cherchent la paix. Amen.

Prêtre Zhivko Zhelev

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На праздник Покрова Пресвятой Богородицы

 

Дорогие во  Христе братья и сёстры !

Ныне наша Церковь празднует исполненный нежности и надежды праздник Покрова Пресвятой Богородицы. Согласно церковному Преданию, святой Андрей, Христа ради юродивый, и его ученик Епифаний увидели явление Божией Матери во Влахернском храме в Константинополе. Она молилась о христианском народе и простирала Свой покров над верующими в знак Своей материнской защиты. Этот покров напоминает нам об одной важной истине: мы не одиноки в испытаниях нашей жизни.

Пресвятая Дева Мария обращает наш взор к Себе не для того, чтобы отдалить нас от Христа. Напротив, вся Её жизнь ведёт нас ко Христу. На браке в Кане Галилейской Она говорит слугам: «Что скажет Он вам, то сделайте» (Ин. 2:5). Святой Иоанн Дамаскин, великий отец Церкви, своим почитанием Божией Матери учит нас тому, что Та, Которая родила воплощённое Слово Божие, занимает особое место в истории нашего спасения.

Поэтому, когда мы просим Божию Матерь о защите, мы просим Её помочь нам оставаться верными Христу, сохранять веру в трудностях и не терять надежды, когда наше сердце охвачено тревогой.

Как часто нас одолевают заботы, болезни, семейные конфликты или страх перед будущим! Как часто мы начинаем молиться лишь тогда, когда уже не видим никакого человеческого выхода из сложившейся ситуации? Праздник Покрова призывает нас с доверием возвращаться к Богу, подобно детям, которые ищут убежища у своей матери. Но он также призывает нас слушать Христа и исполнять Его заповеди.

Преподобный Исаак Сирин учит нас в своих духовных писаниях, что милосердное сердце — это сердце, которое сострадает всему творению и молится о нём. Эта мысль помогает нам понять глубокий смысл защиты, которую мы сегодня празднуем. Мы просим Божию Матерь укрыть нас Своим покровом, но готовы ли и мы сами укрывать других своей любовью? Молимся ли мы о тех, кто причинил нам боль? Умеем ли прощать тех, кто нас обидел? Заботимся ли мы об одиноких, больных и тех, кто переживает трудные времена?

Мы не можем искренне просить защиты Божией Матери, если при этом закрываем своё сердце для ближнего. Её покров напоминает нам о том, что Церковь — это семья, что мы призваны носить бремена друг друга и становиться орудиями мира.

Братья и сёстры ! В этот праздник Покрова будем просить Божию Матерь не только защитить нас от внешних опасностей. Попросим Её также уберечь нас от гордыни, гнева, осуждения и отчаяния. Да поможет нам Её молитвенное предстательство сохранить веру, научиться ещё больше любить и оставаться верными Христу до конца. И когда наступят трудные дни, будем помнить, что наша надежда основана не только на наших собственных силах, но прежде всего на благодати Божией, которая сопровождает нас, и на молитве Пресвятой Богородицы.

Да прострётся Её святой Покров над нашими семьями, над нашим приходом, над больными, над всеми страждущими и над всеми, кто ищет мира. Аминь

Иерей Живко Желев

 

 

 

 

 

 

 

AIMEZ VOS ENNEMIS !

 

« Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent,

bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous maltraitent. »
Luc 6, 27-28

 

Bien-aimés dans le Seigneur,

Dans l'Évangile que nous venons d'entendre, le Seigneur Jésus-Christ nous donne un commandement difficile à comprendre et encore plus difficile à pratiquer : « Aimez vos ennemis. » Aimer ceux qui nous aiment, cela nous semble naturel. Faire du bien à ceux qui nous font du bien, cela nous paraît juste. Mais aimer celui qui nous blesse, prier pour celui qui nous humilie et souhaiter le bien de celui qui nous fait du mal, voilà qui dépasse notre logique humaine. Alors, posons-nous une première question : qui est notre ennemi ?

Lorsque nous entendons ce mot, nous pensons peut-être à quelqu'un qui nous persécute ou qui cherche volontairement à nous nuire. Pourtant, notre ennemi peut être beaucoup plus proche de nous. Il peut être un membre de notre famille, un collègue, un voisin, ou même un frère ou une sœur de notre paroisse avec qui nous sommes en conflit. Mais cet ennemi n'est-il pas, lui aussi, notre prochain ? N'est-il pas une personne créée à l'image de Dieu, une personne pour laquelle le Christ est mort ?

Nous avons parfois tendance à réduire quelqu'un à la faute qu'il a commise contre nous. Nous oublions ses blessures, ses faiblesses et son besoin de la miséricorde divine. Nous voyons son péché, mais nous oublions le nôtre. Or, le Christ ne nous demande pas d'approuver le mal ni de tolérer l'injustice. Il nous demande de ne pas cesser de voir un être humain là où nous ne voyons plus qu'un ennemi. Notre ennemi peut être notre prochain, même lorsque notre cœur refuse de le reconnaître comme tel. Posons-nous maintenant une deuxième question : qui nous montre le mieux nos faiblesses, nos amis ou nos ennemis ?

Nos amis nous encouragent, nous soutiennent et nous consolent. Mais parfois, par affection, ils hésitent à nous dire nos vérités. Nos ennemis, eux, peuvent révéler ce que nous préférerions ne pas voir en nous. Celui qui nous contredit peut révéler notre orgueil. Celui qui nous offense peut révéler notre colère. Celui qui refuse de nous donner raison peut révéler notre difficulté à accepter d'avoir tort.

Cela ne signifie pas que toutes les accusations de nos ennemis sont justes. Mais même au milieu d'une injustice, nous pouvons examiner notre propre cœur. Lorsque nous disons : « Cette personne m'a fait perdre ma paix », demandons-nous aussi si notre paix ne dépendait pas trop du comportement des autres. Parfois, Dieu permet que certaines rencontres difficiles nous révèlent nos blessures et deviennent une occasion de grandir spirituellement. Non pas parce que le mal serait bon, mais parce que Dieu peut nous aider à progresser même au milieu des épreuves.

Mais une troisième question se pose : sommes-nous différents des païens et des pécheurs si nous n'aimons que ceux qui nous aiment ? Le Christ nous dit : « Si vous aimez ceux qui vous aiment, quel gré vous en saura-t-on ? Car les pécheurs aussi aiment ceux qui les aiment » (Luc 6, 32). Le Seigneur ne condamne pas l'amour que nous portons à nos proches. Il nous montre simplement que cet amour ne suffit pas à manifester toute la nouveauté de la vie chrétienne. Si nous faisons du bien uniquement à ceux qui nous en font, si nous pardonnons seulement à ceux qui reconnaissent leurs torts, si nous respectons uniquement ceux qui nous respectent, en quoi notre conduite révèle-t-elle l'amour du Christ ?

Nous pouvons participer à la Divine Liturgie, vénérer les saintes icônes et réciter nos prières, mais si nous conservons une haine profonde contre notre prochain, nous devons laisser l'Évangile nous interroger. Être chrétien ne consiste pas seulement à connaître les commandements du Christ. C'est aussi laisser ces commandements transformer notre cœur.

Alors, comment aimer concrètement notre ennemi ? Le Christ nous donne lui-même la réponse : « Priez pour ceux qui vous maltraitent » (Luc 6, 28). Avons-nous l'habitude de prier pour ceux qui nous ont blessés ? Ou prions-nous surtout pour que Dieu leur montre qu'ils ont tort ? Demandons-nous leur conversion et leur salut, ou attendons-nous secrètement que Dieu les punisse ? Prier pour son ennemi ne signifie pas nier sa faute. Cela signifie remettre cette personne entre les mains de Dieu et refuser de faire de la vengeance le but de notre vie.

Saint Isaac le Syrien, dans ses Discours ascétiques, décrit la profondeur d'un cœur miséricordieux, dont la compassion s'étend à toute la création. Cette pensée nous rappelle que la miséricorde chrétienne ne s'arrête pas à ceux qui nous sont agréables : elle nous invite aussi à souhaiter la guérison spirituelle de ceux qui nous ont fait souffrir. Nous ne sommes pas obligés de rétablir immédiatement une relation de confiance, surtout lorsqu'il existe des abus ou un danger. Mais nous pouvons commencer à renoncer à la vengeance, à poser des limites justes et à demander à Dieu de ne pas laisser la haine habiter dans notre cœur.

Regardons notre Seigneur sur la Croix. Alors que ses bourreaux le crucifient, il prie : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu'ils font » (Luc 23, 34). Voilà le modèle suprême de l'amour des ennemis. Le Christ ne répond pas à la haine par la haine. Il demeure fidèle à l'amour jusque dans la souffrance et même la mort. Saint Jean Chrysostome, dans ses homélies sur l'Évangile selon saint Matthieu, souligne la grandeur de cet amour qui dépasse la simple réciprocité humaine. Le Christ nous appelle à ne pas nous contenter de faire du bien à ceux qui nous en font, mais à manifester une bonté qui révèle notre appartenance à Dieu.

Bien-aimés, aimer ses ennemis est un combat spirituel. Nous n'y parviendrons pas uniquement par nos propres forces. Nous avons besoin de la prière, de la repentance et de la grâce du Christ. Peut-être portons-nous encore le souvenir d'une trahison, d'une parole blessante ou d'une injustice. Ne faisons pas semblant de ne pas souffrir. Confions plutôt cette souffrance au Seigneur. Demandons-lui de nous aider à pardonner, à retrouver la paix et à ne pas laisser nos blessures devenir des sources de haine.

Frères et sœurs, le but n'est pas de gagner contre notre ennemi, mais de ne pas perdre notre âme dans la haine.

Ne demandons donc pas seulement à Dieu de changer ceux qui nous font du mal. Demandons-lui aussi de transformer notre propre cœur. Que le Seigneur Jésus-Christ nous donne la force d'aimer sans approuver le mal, de pardonner sans renoncer à la vérité, de nous protéger sans haïr et de prier même lorsque nous sommes blessés. Et lorsque nous aurons du mal à aimer notre ennemi, souvenons-nous que nous aussi, nous avons chaque jour besoin de la miséricorde de Dieu.

Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.

Prêtre Zhivko Zhelev

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ЛЮБИТЕ ВРАГОВ ВАШИХ !

«Любите врагов ваших, благотворите ненавидящим вас,

благословляйте проклинающих вас и молитесь за обижающих вас».

Лк 6:27–28

 

Возлюбленные о Господе братья и сёстры!

В Евангелии, которое мы только что услышали, Господь Иисусъ Христосъ даёт нам заповедь, которую трудно понять и ещё труднее исполнить: «Любите врагов ваших».

Любить тех, кто любит нас, кажется естественным. Делать добро тем, кто делает добро нам, кажется справедливым. Но любить того, кто причиняет нам боль, молиться за того, кто унижает нас, и желать добра тому, кто делает нам зло, — это уже выходит за пределы нашей человеческой логики.

Поэтому зададим себе первый вопрос : кто наш враг ?

Когда мы слышим это слово, мы, возможно, представляемсебечеловека, который преследует нас или намеренно стремится причинить нам зло. Однако наш враг может быть гораздо ближе, чем мы думаем. Это может быть член нашей семьи, коллега, сосед или даже брат либо сестра из нашего прихода, с которыми у нас возник конфликт.

Но разве этот враг не является также нашим ближним? Разве он не человек, созданный по образу Божию, человек, за которого умер Христосъ ?

Иногда мы склонны сводить человека к тому проступку, который он совершил по отношению к нам. Мы забываем о его ранах, его слабостях и его потребности в милости Божией. Мы видим его грех, но забываем о собственном.

Однако Христосъ не просит нас оправдывать зло или мириться с несправедливостью. Он просит нас не переставать видеть человека там, где мы уже видим только врага.

Наш враг тоже может быть нашим ближним, даже когда наше сердце отказывается признавать его таковым.

Зададим себе теперь второй вопрос: кто лучше помогает нам увидеть наши слабости — друзья или враги?

Друзья ободряют нас, поддерживают и утешают. Но иногда из любви к нам они не решаются сказать нам правду. А наши враги могут обнаружить в нас то, чего мы сами предпочли бы не замечать.

Тот, кто противоречит нам, может обнаружить нашу гордость. Тот, кто оскорбляет нас, может обнаружить наш гнев. Тот, кто отказывается соглашаться с нами, может показать, насколько трудно нам признать собственную неправоту.

Это не означает, что все обвинения наших врагов справедливы. Но даже посреди несправедливости мы можем исследовать собственное сердце.

Когда мы говорим: «Этот человек лишил меня душевного мира», давайте спросим себя : не слишком ли сильно зависел наш внутренний мир от поведения других людей?

Иногда Богъ попускает нам встречаться с трудными людьми, чтобы через эти встречи мы увидели свои внутренние раны и получили возможность духовно возрастать. Не потому, что зло становится добром, а потому, что Богъ может помочь нам возрастать даже посреди испытаний.

Но возникает ещё один вопрос : отличаемся ли мы от язычников и грешников, если любим только тех, кто любит нас?

Господь говорит нам : «Ибо если вы любите любящих вас, какая вам за то благодарность? ибо и грешники любящих их любят» (Лк. 6:32).

Господь не осуждает любовь, которую мы испытываем к своим близким. Он лишь показывает, что одной этой любви недостаточно, чтобы явить всю новизну христианской жизни.

Если мы делаем добро только тем, кто делает добро нам, если прощаем лишь тех, кто признаёт свои ошибки, если уважаем только тех, кто уважает нас, то каким образом наше поведение свидетельствует о любви Христовой ?

Мы можем участвовать в Божественной литургии, почитать святые иконы и читать молитвы, но если в нашем сердце сохраняется глубокая ненависть к ближнему, мы должны позволить Евангелию обратиться к нашей совести.

Быть христианином — значит не только знать запови Христа, но и позволять этим заповедям преображать наше сердце.

Итак, как же нам на деле любить своего врага?

Сам Христосъ даёт нам ответ : «Молитесь за обижающих вас» (Лк. 6:28).

Привыкли ли мы молиться за тех, кто причинил нам боль ? Или мы молимся главным образом о том, чтобы Богъ показал им, что они неправы? Просим ли мы об их обращении и спасении или втайне ждём, что Богъ накажет их?

Молиться за врага не означает отрицать его вину. Это означает предать этого человека в руки Божии и отказаться делать месть целью своей жизни.

Преподобный Исаак Сирин в своих Подвижнических словах раскрывает глубину милосердного сердца, сострадание которого распространяется на всё творение. Эта мысль напоминает нам, что христианское милосердие не ограничивается теми, кто нам приятен. Оно побуждает нас желать духовного исцеления даже тем, кто причинил нам страдания.

Мы не обязаны немедленно восстанавливать прежние доверительные отношения, особенно если речь идёт о насилии или опасности. Но мы можем начать отказываться от мести, устанавливать справедливые границы и просить Бога не допустить, чтобы ненависть поселилась в нашем сердце.

Посмотрим на нашего Господа на Кресте. Когда Его мучители распинают Его, Он молится : «Отче! прости им, ибо не знают, что делают» (Лк. 23:34).

Вот высший образец любви к врагам. Христосъ не отвечает ненавистью на ненависть. Он остаётся верен любви до конца, даже посреди страданий и смерти.

Святитель Иоанн Златоуст в своих беседах на Евангелие от Матфея подчёркивает величие этой любви, которая превосходит простую человеческую взаимность. Христос призывает нас не ограничиваться добром по отношению к тем, кто делает добро нам, но являть такую доброту, которая свидетельствует о нашей принадлежности Богу.

Возлюбленные о Господе братья и сёстры, любить врагов — это духовный подвиг. Мы не сможем совершить его одними собственными силами. Нам необходимы молитва, покаяние и благодать Христова.

Возможно, кто-то из нас до сих пор хранит в сердце воспоминание о предательстве, обидных словах или несправедливости. Не будем притворяться, будто нам не больно. Лучше доверим эту боль Господу. Попросим Его помочь нам простить, обрести душевный мир и не позволить нашим ранам стать источником ненависти.

Братья и сёстры, наша цель — не победить своего врага, а не погубить собственную душу в ненависти.

Поэтому будем просить Бога не только изменить тех, кто причиняет нам зло, но и преобразить наше собственное сердце.

Да дарует нам Господь Иисусъ Христосъ силу любить, не оправдывая зла ; прощать, не отказываясь от истины ; защищать себя, не питая ненависти ; и молиться даже тогда, когда наше сердце ранено.

И когда нам будет трудно любить своего врага, вспомним, что и мы сами каждый день нуждаемся в милости Божией.

Слава Отцу и Сыну и Святому Духу, ныне и присно и во веки веков. Аминь.

 

Иерей Жико Желев

 

C’est pour eux que je prie !

 

 

Frères et sœurs bien-aimés en Christ,

Il y a des moments dans notre vie où nous avons du mal à prier. Des moments où nous sommes fatigués, où nous sommes accablés par nos péchés, où nous avons l'impression de ne plus avancer spirituellement. Parfois même, nous nous demandons si nous sommes encore dignes de nous approcher de Dieu. Et pourtant, dans l'Évangile d'aujourd'hui, nous entendons une parole extraordinaire du Seigneur Jésus-Christ :

« C'est pour eux que je prie. Je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que Tu m'as donnés, parce qu'ils sont à Toi. » (Jean 17,9)

Arrêtons-nous un instant sur ces mots : « C'est pour eux que je prie. »  Le Seigneur prononce cette prière avant Sa Passion, à l'heure où Il va être livré, frappé et crucifié. Il sait que Ses disciples vont être bouleversés. Il sait que Pierre va Le renier, que les autres vont prendre la fuite, et que leur foi sera mise à l'épreuve. Et malgré cela, que fait-Il ? Il prie pour eux. Avant même qu'ils traversent l'épreuve, le Christ les confie à Son Père.

Notre espérance ne repose pas sur notre force, mais sur l'amour du Christ.

Nous avons parfois une conception erronée de la vie spirituelle. Nous imaginons que le bon chrétien est celui qui ne tombe jamais, qui ne doute jamais, qui prie toujours avec ferveur et qui ne connaît aucune faiblesse. Mais regardons les apôtres. Ils ont marché avec le Christ, ils ont entendu Ses paroles et ils ont vu Ses miracles. Pourtant, au moment de la Passion, ils ont été saisis par la peur. Pierre qui avait une foi très forte a renié Jésus. Le Christ connaissait leur faiblesse. Et Il les aimait.

Cela ne signifie pas que nos péchés sont sans importance, ni que nous pouvons vivre dans l'indifférence. Cela signifie que notre faiblesse n'est pas plus grande que la miséricorde de Dieu, lorsque nous revenons à Lui avec un cœur repentant.

Saint Jean de Shanghai, grand hiérarque de l'Église Russe Hors Frontières, nous offre ici un exemple vivant. Sa vie fut consacrée à la prière, au service liturgique et au soin des âmes. Il portait dans son cœur les souffrances de ceux qui lui étaient confiés, sans distinction de peuple ou de condition. Son exemple nous rappelle que la véritable force spirituelle ne consiste pas à se suffire à soi-même, mais à vivre dans une communion profonde avec Dieu et à porter les autres dans la prière.

Frères et sœurs, lorsque nous tombons, ne restons pas à terre par désespoir. Lorsque nous avons honte de nos péchés, ne fuyions pas le Christ. Ayons repentance, confessons nos fautes et revenons à lui. Celui qui nous appelle à la sainteté est aussi Celui qui nous relève.

Le Christ nous porte dans Sa prière, mais Il nous appelle à répondre à Son amour.

Le Seigneur dit au Père : « Je prie pour ceux que Tu m'as donnés, parce qu'ils sont à Toi. »Nous ne sommes pas abandonnés au hasard. Notre vie chrétienne est une vocation : nous appartenons à Dieu et nous sommes appelés à demeurer dans le Christ. Mais cette  appartenance n'est pas une excuse pour rester passifs. La grâce de Dieu ne supprime pas notre liberté ; elle nous invite à coopérer avec elle.

Saint Théophane le Reclus, évêque et maître spirituel de l'Église Russe, enseigne dans ses écrits sur la prière qu'il ne suffit pas de prononcer des paroles avec les lèvres : il faut apprendre à prier avec l'intelligence et le cœur. Il rappelle également que nous ne devons pas abandonner l'effort de la prière lorsque la ferveur nous manque. Voilà une leçon importante : même lorsque nous ne ressentons rien, nous pouvons rester devant Dieu. Même lorsque notre prière est pauvre, nous pouvons dire : « Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur. » Nous ne prions pas pour obliger Dieu à nous aimer. Nous prions parce qu'Il nous aime déjà et que nous voulons vivre de cet amour. C'est pourquoi l'Église nous enseigne à prier ensemble, à participer aux saints Mystères, à nous repentir et à intercéder les uns pour les autres. Nous ne marchons pas seuls vers le Royaume : nous avançons comme membres du Corps du Christ.

Puisque le Christ prie pour nous, apprenons à porter nos frères dans la prière.

Il est facile de prier pour ceux que nous aimons. Mais prions-nous pour celui qui nous a blessés ? Pour celui avec lequel nous sommes en désaccord ? Pour celui qui s'est éloigné de l'Église ? Pour celui dont nous ne comprenons plus le comportement ?

Le Christ ne prie pas seulement pour des disciples parfaits. Il prie pour des hommes fragiles qu'il veut affermir et garder dans la communion du Père.

Nous aussi, nous sommes appelés à cette charité. Ne nous contentons pas de juger les faiblesses de nos frères. Prions pour eux. Ne nous réjouissons pas de leur chute. Demandons à Dieu de les relever. Et lorsque nous-mêmes avons besoin d'aide, apprenons à demander humblement la prière de l'Église.

Attention toutefois : l'intercession du Christ ne signifie pas que nous ne connaîtrons jamais la souffrance ou que nous ne pourrons jamais tomber. Le Seigneur ne promet pas une vie sans épreuve. Il nous appelle à demeurer en Lui au milieu des épreuves, à nous repentir lorsque nous tombons et à espérer en Sa miséricorde.

Frères et sœurs, retenons donc cette parole : « C'est pour eux que je prie. » Lorsque notre prière est faible, le Christ demeure fidèle. Lorsque nous traversons l'épreuve, ne désespérons pas. Lorsque nous voyons notre prochain tomber, prions pour lui au lieu de le condamner.

Notre salut n'est pas le fruit de notre autosuffisance. Il est un don de Dieu, accueilli dans la foi, la repentance et la communion avec le Christ.

Que le Seigneur nous accorde de vivre dans cette confiance, de persévérer dans la prière et de nous porter les uns les autres avec amour, afin que nous demeurions unis à Lui et que nous entrions, par Sa grâce, dans la joie de Son Royaume.

Car à Lui appartiennent toute gloire, tout honneur et toute adoration, avec Son Père éternel et Son Très saint, bon et vivifiant Esprit, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.

 

Prêtre Zhivko Zhelev

 

 

 

 

Я за них молюсь!

 

Возлюбленные во Христе братья и сестры!

В нашей жизни бывают моменты, когда нам трудно молиться. Бывают времена, когда мы устаём, когда нас тяготят наши грехи, когда нам кажется, что мы больше не продвигаемся в духовной жизни. Иногда мы даже задаёмся вопросом, достойны ли мы ещё приближаться к Богу. И всё же в сегодняшнем Евангелии мы слышим удивительные слова Господа Иисуса Христа:

«Я о них молю: не о всём мiре молю, но о тех, которых Ты дал Мне, потому что они Твои» (Ин. 17, 9).

Остановимся на мгновение и вслушаемся в эти слова: «За них Я молюсь». Господь произносит эту молитву перед Своими Страданиями, в тот час, когда Ему предстоит быть преданным, избитым и распятым. Он знает, что Его ученики будут потрясены происходящим. Он знает, что Пётр отречётся от Него, что остальные обратятся в бегство и что их вера подвергнется испытанию. И несмотря на всё это, что Он делает? Он молится за них. Ещё до того, как они пройдут через испытание, Христосъ вверяет их Своему Отцу.

Наша надежда основана не на нашей собственной силе, а на любви Христа.

Порой мы ошибочно представляем себе духовную жизнь. Нам кажется, что добрый христианин — это тот, кто никогда не падает, никогда не сомневается, всегда молится с усердием и не знает никаких слабостей. Но посмотрим на апостолов. Они ходили со Христом, слышали Его слова и видели Его чудеса. И всё же во время Страстей ими овладел страх. Пётр, обладавший крепкой верой, отрёкся от Иисуса. Христосъ знал об их слабости. И Он любил их.

Это не означает, что наши грехи не имеют значения или что мы можем жить в безразличии к ним. Это означает, что наша слабость не превосходит милосердия Божия, когда мы возвращаемся к Нему с кающимся сердцем.

Святитель Иоанн Шанхайский, великий иерарх Русской Православной Церкви Заграницей, являет нам здесь живой пример. Его жизнь была посвящена молитве, богослужению и заботе о душах человеческих. Он носил в своём сердце страдания тех, кто был ему вверен, не делая различия между людьми по национальности или общественному положению. Его пример напоминает нам, что истинная духовная сила заключается не в самодостаточности, а в глубоком единении с Богом и в молитвенном попечении о ближних.

Братья и сёстры, когда мы падаем, не будем оставаться на земле в отчаянии. Когда нам стыдно за наши грехи, не будем убегать от Христа. Будем каяться, исповедовать свои согрешения и возвращаться к Нему. Тот, Кто призывает нас к святости, — это Тот же, Кто поднимает нас после падения.

Христосъ несёт нас в Своей молитве, но призывает нас ответить на Его любовь.

Господь говорит Отцу: «Я молю о тех, которых Ты дал Мне, потому что они Твои». Мы не оставлены на произвол судьбы. Наша христианская жизнь — это призвание: мы принадлежим Богу и призваны пребывать во Христе. Но принадлежность Богу не является оправданием для пассивности. Благодать Божия не упраздняет нашу свободу, но приглашает нас к сотрудничеству с ней.

Святитель Феофан Затворник, епископ и духовный наставник Русской Церкви, в своих трудах о молитве учит, что недостаточно произносить слова одними устами : необходимо учиться молиться умом и сердцем. Он также напоминает, что нельзя оставлять молитвенный подвиг, когда в нас ослабевает молитвенное усердие.

Вот важный урок : даже когда мы ничего не чувствуем, мы можем оставаться перед Богом. Даже когда наша молитва немощна, мы можем произносить: «Господи Иисусе Христе, Сыне Божий, помилуй меня, грешного».

Мы молимся не для того, чтобы заставить Бога полюбить нас. Мы молимся потому, что Он уже любит нас и мы хотим жить этой любовью.

Именно поэтому Церковь учит нас молиться вместе, участвовать в Святых Таинствах, приносить покаяние и ходатайствовать друг за друга. Мы не идём к Царству Божию в одиночку : мы продвигаемся к нему как члены Тела Христова.

Поскольку Христосъ молится за нас, будем и мы носить наших братьев и сестёр в своей молитве.

Легко молиться за тех, кого мы любим. Но молимся ли мы за того, кто причинил нам боль? За того, с кем мы не согласны? За того, кто отдалился от Церкви? За того, чьё поведение стало нам непонятно?

Христосъ молится не только за совершенных учеников. Он молится за немощных людей, которых хочет укрепить и сохранить в единстве с Отцом.

И мы призваны к такой любви. Не будем ограничиваться осуждением слабостей наших братьев и сестёр. Будем молиться за них. Не будем радоваться их падению. Будем просить Бога поднять их. А когда помощь понадобится нам самим, научимся со смирением просить Церковь о молитве за нас.

Однако следует помнить: заступническая молитва Христа не означает, что мы никогда не будем страдать или что мы не сможем упасть. Господь не обещает нам жизни без испытаний. Он призывает нас пребывать в Нём посреди испытаний, каяться, когда мы падаем, и уповать на Его милосердие.

Братья и сёстры, сохраним же в сердце эти слова: «За них Я молюсь».

Когда наша молитва слаба, Христосъ остаётся верен. Когда мы проходим через испытания, не будем впадать в отчаяние. Когда мы видим падение ближнего, будем молиться за него, а не осуждать его.

Наше спасение — не плод нашей самодостаточности. Это дар Божий, который мы принимаем с верой, покаянием и пребыванием в единстве со Христом.

Да дарует нам Господь жить с таким упованием, пребывать в молитве и с любовью поддерживать друг друга, чтобы мы оставались соединёнными с Ним и по Его благодати вошли в радость Его Царства.

Ибо Ему подобают всякая слава, честь и поклонение, вместе с Его вечным Отцом и Пресвятым, Благим и Животворящим Духом, ныне и присно, и во веки веков. Аминь.

 

Иерей Живко Желев

 

 

Veillez, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur viendra

 

Bien-aimés frères et sœurs en Christ, chers amis,

Dans l’Évangile d’aujourd’hui, le Seigneur nous donne une parole très simple : « Veillez donc, puisque vous ne savez pas quel jour votre Seigneur viendra. »

Le Christ ne nous donne pas la date de sa venue. Il nous dit au contraire qu’elle sera inattendue, comme le déluge aux jours de Noé, comme un voleur dans la nuit. Et cette ignorance n’est pas quelque chose que nous devons chercher à supprimer en essayant de calculer la fin des temps (le faire, c’est très protestant). Elle est un appel à vivre autrement : puisque nous ne savons pas quand le Seigneur viendra, nous sommes appelés à être prêts chaque jour.

Veiller, pour le chrétien, ce n’est donc pas vivre dans la peur. C’est vivre avec la conscience que notre vie se déroule devant Dieu. Nous remettons souvent notre conversion à demain : demain je prierai davantage, demain je pardonnerai, demain je changerai, demain je prendrai davantage de temps pour Dieu. Mais le Christ nous rappelle que nous ne possédons pas demain. Nous avons reçu aujourd’hui.

Saint Jean Climaque dit : « La mémoire de la mort est une vigilance sans sommeil. » Cette parole n’est pas une invitation à vivre dans l’angoisse. Elle nous rappelle simplement que notre vie est limitée et que chaque journée a donc un poids éternel. Si je sais que ma vie est un jour appelée à s’achever, alors je ne veux pas remettre à demain ce que je peux faire aujourd’hui : aimer, pardonner, prier, demander pardon, faire le bien.

C’est justement pourquoi le Seigneur évoque les contemporains de Noé. Ils mangeaient, ils buvaient, ils se mariaient, ils vivaient leur vie quotidienne. Rien de tout cela n’était mauvais en soi. Mais ils vivaient comme si Dieu n’avait aucune place dans leur existence. Ils étaient tellement absorbés par leur quotidien qu’ils ne voyaient plus venir ce qui pourtant était devant eux.

Et nous pouvons tomber dans le même piège. Nous pouvons être tellement occupés par le travail, la famille, les projets, les soucis et toutes les choses de cette vie que nous finissons par vivre comme si cette vie terrestre était tout ce qui existe. Le danger n’est pas seulement de faire le mal ; c’est parfois de ne plus avoir de place pour Dieu dans ce qui est pourtant une vie normale.

Voilà pourquoi la vigilance commence dans le cœur. Saint Isaac le Syrien nous dit : « Veille sur ton cœur, car c’est là que se trouve la vie. » Veiller, c’est donc regarder ce que nous laissons entrer dans notre cœur et ce que nous choisissons d’y garder. Une colère apparaît : vais-je la nourrir ? Une rancune demeure : vais-je la conserver ? Une occasion de faire le bien se présente : vais-je l’accomplir ou la remettre à demain ?

C’est dans ces choses simples que nous attendons réellement le Seigneur.

Ainsi, la question de l’Évangile n’est finalement pas : « Quand le Christ viendra-t-il ? » Nous ne le savons pas. La véritable question est : « Dans quel état trouvera-t-il mon cœur lorsqu’il viendra ? »

Et cette question ne doit pas nous faire peur. Celui qui nous demande de veiller est précisément Celui qui nous aime et qui veut nous sauver. Nous n’attendons pas un inconnu ; nous attendons le Seigneur.

Alors, frères et sœurs, ne cherchons pas à connaître ce que Dieu a choisi de nous cacher. Faisons plutôt ce qu’il nous demande clairement : veillons. Prions aujourd’hui. Aimons aujourd’hui. Pardonnons aujourd’hui. Revenons à Dieu aujourd’hui. Car demain n’est pas entre nos mains.

Et lorsque le Seigneur viendra, puissions-nous être trouvés non pas comme des hommes qui ont tout compris, mais comme des serviteurs qui sont restés éveillés, le cœur tourné vers leur Maître.

« Veillez donc, puisque vous ne savez pas quel jour votre Seigneur viendra. »

Que le Seigneur nous accorde cette vigilance du cœur, afin que chaque jour de notre vie devienne une préparation à la rencontre avec Lui.

À Lui soient la gloire, l’honneur et l’adoration, avec le Père et le Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.

 

Prêtre Zhivko

La  peur 

 

Bien-aimés frères et sœurs en Christ, chers amis,

Dans la parabole que nous venons d’entendre, trois serviteurs reçoivent des talents de leur maître. Deux d’entre eux les font fructifier. Mais le troisième prend le talent Bienqu’il a reçu, creuse un trou dans la terre et l’y cache. Et lorsque son maître revient, il lui dit simplement : « Seigneur, je savais que tu es un homme dur… j’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre. »

Il y a quelque chose de profondément humain dans cette parole : « J’ai eu peur. » Le serviteur n’a pas perdu son talent. Il ne l’a pas dépensé dans une mauvaise vie. Il ne l’a pas donné à quelqu’un d’autre. Il l’a simplement enterré. Et pourquoi ? Parce qu’il avait peur.

Voilà peut-être l’une des grandes tentations de notre vie spirituelle : nous ne refusons pas toujours Dieu ouvertement. Parfois, nous avons simplement peur de nous donner à lui. Nous avons peur de changer, peur de pardonner, peur de nous engager, peur de faire confiance, peur de sortir de nos habitudes. Alors nous enterrons ce que Dieu nous a confié.

Nous disons : « Je ne suis pas capable. » « Je ne suis pas assez bon. » « Ce n’est pas pour moi. » « Un autre fera mieux que moi. » Et finalement, nous gardons notre talent dans la terre. Nous préférons ne rien risquer plutôt que de risquer quelque chose pour Dieu.

Mais remarquez bien : le maître n’avait pas demandé au serviteur de devenir quelqu’un d’autre. Il lui avait simplement confié quelque chose. Il ne lui avait pas demandé de produire autant que celui qui avait reçu cinq talents. Il lui demandait d’être fidèle avec ce qu’il avait reçu.

C’est important pour nous aussi. Dieu ne nous demande pas de posséder les dons d’un autre. Il ne nous demande pas d’avoir la foi d’un autre, la force d’un autre, la vocation d’un autre. Il nous demande de lui offrir ce que nous avons reçu.

Saint Jean Chrysostome nous rappelle cette responsabilité lorsqu’il dit : « Rien n’est plus froid qu’un chrétien qui ne se soucie pas du salut des autres. » La foi reçue de Dieu n’est pas faite pour être enfermée en nous. Elle devient vivante lorsqu’elle se transforme en amour, en service, en pardon, en présence auprès de celui qui souffre.

Et parfois, ce que nous avons à offrir nous paraît très petit. Une parole de consolation, une visite, une prière, un pardon, un peu de temps donné à quelqu’un. Nous pouvons penser : « Cela ne changera rien. » Mais le Seigneur ne nous demande pas de mesurer la grandeur de notre don. Il nous demande de ne pas l’enterrer.

Car derrière la peur du serviteur se trouve aussi une fausse image de son maître. Il dit : « Je savais que tu es un homme dur. » Il voit son maître comme quelqu’un dont il faut avoir peur, et cette peur l’empêche d’agir.

Nous pouvons parfois faire la même chose avec Dieu. Nous savons qu’il est juste, mais nous oublions qu’il est aussi miséricordieux. Nous regardons nos péchés, nos faiblesses, nos échecs, et nous pensons : « Je ne suis pas digne de revenir vers lui. » Alors nous nous cachons au lieu de nous approcher.

Saint Isaac le Syrien dit : « Ne dis pas : Dieu est juste. Car si Dieu était juste, tu serais perdu. » Il ajoute que Dieu est infiniment miséricordieux. Cette parole ne signifie pas que le péché n’a pas d’importance ; elle signifie que nous ne devons jamais laisser notre peur nous empêcher de revenir vers la miséricorde de Dieu.

Voilà donc ce que le Christ nous demande aujourd’hui : ne pas enterrer par peur ce que nous avons reçu. Peut-être avons-nous peu. Peut-être sommes-nous faibles. Peut-être avons-nous échoué plusieurs fois. Mais ce que nous avons, remettons-le entre les mains du Seigneur.

La vie chrétienne n’est pas l’absence de peur. C’est apprendre à ne plus laisser la peur gouverner notre vie.

Alors, frères et sœurs, lorsque nous entendons aujourd’hui cette parole : « J’ai eu peur », demandons-nous simplement : Qu’est-ce que j’ai enterré dans ma vie à cause de la peur ? Quel pardon ? Quel don ? Quelle prière ? Quel acte d’amour ? Quelle réponse à l’appel de Dieu ?

Déterrons-le ! Prenons ce que Dieu nous a confié, même si cela nous paraît petit, et remettons-le entre ses mains. Car ce qui est petit entre nos mains peut devenir fécond entre les mains de Dieu.

Et lorsque le Seigneur viendra, qu’il ne trouve pas en nous des hommes qui ont conservé leurs dons par peur, mais des serviteurs qui auront osé aimer, servir et faire confiance.

Que le Seigneur nous délivre donc de cette peur qui nous enferme, qu’il purifie notre image de lui et qu’il nous donne la confiance nécessaire pour faire fructifier les dons qu’il nous a confiés.

À lui soient la gloire, l’honneur et l’adoration, avec le Père et le Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.

 

Prêtre Zhivko Zhelev