Veillez, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur viendra

 

Bien-aimés frères et sœurs en Christ, chers amis,

Dans l’Évangile d’aujourd’hui, le Seigneur nous donne une parole très simple : « Veillez donc, puisque vous ne savez pas quel jour votre Seigneur viendra. »

Le Christ ne nous donne pas la date de sa venue. Il nous dit au contraire qu’elle sera inattendue, comme le déluge aux jours de Noé, comme un voleur dans la nuit. Et cette ignorance n’est pas quelque chose que nous devons chercher à supprimer en essayant de calculer la fin des temps (le faire, c’est très protestant). Elle est un appel à vivre autrement : puisque nous ne savons pas quand le Seigneur viendra, nous sommes appelés à être prêts chaque jour.

Veiller, pour le chrétien, ce n’est donc pas vivre dans la peur. C’est vivre avec la conscience que notre vie se déroule devant Dieu. Nous remettons souvent notre conversion à demain : demain je prierai davantage, demain je pardonnerai, demain je changerai, demain je prendrai davantage de temps pour Dieu. Mais le Christ nous rappelle que nous ne possédons pas demain. Nous avons reçu aujourd’hui.

Saint Jean Climaque dit : « La mémoire de la mort est une vigilance sans sommeil. » Cette parole n’est pas une invitation à vivre dans l’angoisse. Elle nous rappelle simplement que notre vie est limitée et que chaque journée a donc un poids éternel. Si je sais que ma vie est un jour appelée à s’achever, alors je ne veux pas remettre à demain ce que je peux faire aujourd’hui : aimer, pardonner, prier, demander pardon, faire le bien.

C’est justement pourquoi le Seigneur évoque les contemporains de Noé. Ils mangeaient, ils buvaient, ils se mariaient, ils vivaient leur vie quotidienne. Rien de tout cela n’était mauvais en soi. Mais ils vivaient comme si Dieu n’avait aucune place dans leur existence. Ils étaient tellement absorbés par leur quotidien qu’ils ne voyaient plus venir ce qui pourtant était devant eux.

Et nous pouvons tomber dans le même piège. Nous pouvons être tellement occupés par le travail, la famille, les projets, les soucis et toutes les choses de cette vie que nous finissons par vivre comme si cette vie terrestre était tout ce qui existe. Le danger n’est pas seulement de faire le mal ; c’est parfois de ne plus avoir de place pour Dieu dans ce qui est pourtant une vie normale.

Voilà pourquoi la vigilance commence dans le cœur. Saint Isaac le Syrien nous dit : « Veille sur ton cœur, car c’est là que se trouve la vie. » Veiller, c’est donc regarder ce que nous laissons entrer dans notre cœur et ce que nous choisissons d’y garder. Une colère apparaît : vais-je la nourrir ? Une rancune demeure : vais-je la conserver ? Une occasion de faire le bien se présente : vais-je l’accomplir ou la remettre à demain ?

C’est dans ces choses simples que nous attendons réellement le Seigneur.

Ainsi, la question de l’Évangile n’est finalement pas : « Quand le Christ viendra-t-il ? » Nous ne le savons pas. La véritable question est : « Dans quel état trouvera-t-il mon cœur lorsqu’il viendra ? »

Et cette question ne doit pas nous faire peur. Celui qui nous demande de veiller est précisément Celui qui nous aime et qui veut nous sauver. Nous n’attendons pas un inconnu ; nous attendons le Seigneur.

Alors, frères et sœurs, ne cherchons pas à connaître ce que Dieu a choisi de nous cacher. Faisons plutôt ce qu’il nous demande clairement : veillons. Prions aujourd’hui. Aimons aujourd’hui. Pardonnons aujourd’hui. Revenons à Dieu aujourd’hui. Car demain n’est pas entre nos mains.

Et lorsque le Seigneur viendra, puissions-nous être trouvés non pas comme des hommes qui ont tout compris, mais comme des serviteurs qui sont restés éveillés, le cœur tourné vers leur Maître.

« Veillez donc, puisque vous ne savez pas quel jour votre Seigneur viendra. »

Que le Seigneur nous accorde cette vigilance du cœur, afin que chaque jour de notre vie devienne une préparation à la rencontre avec Lui.

À Lui soient la gloire, l’honneur et l’adoration, avec le Père et le Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.

 

Prêtre Zhivko