La Transfiguration

 

 

Frères et sœurs bien-aimés,

En cette grande fête de la Transfiguration de notre Seigneur Jésus-Christ, l'Église nous conduit avec les Apôtres Pierre, Jacques et Jean sur le mont Thabor. Et là, devant eux, le Christ se transfigure. Son visage resplendit comme le soleil, ses vêtements deviennent blancs comme la lumière, et les disciples contemplent pendant un instant la gloire divine du Christ. Puis apparaissent Moïse et Élie, qui s'entretiennent avec Lui.

Il est intéressant de nous demander pourquoi l'Église nous montre précisément Moïse et Élie auprès du Christ. Pourquoi ces deux hommes ? Élie représente les prophètes, et Moïse représente la Loi. Toute l'Ancienne Alliance semble être présente autour du Christ. Mais il y a quelque chose de particulièrement touchant dans la présence de Moïse.

Quand nous regardons la vie de Moïse, nous découvrons qu'il y a deux choses qu'il a profondément désirées et qui lui ont été refusées pendant sa vie terrestre.

La première, c'est de voir le visage de Dieu. Après avoir parlé avec Dieu et après avoir reçu tant de révélations, Moïse ose demander au Seigneur : « Fais-moi voir ta gloire. » Mais Dieu lui répond : « Tu ne pourras pas voir ma face, car l'homme ne peut me voir et vivre. » Dieu permet à Moïse de connaître Sa présence, de contempler quelque chose de Sa gloire, mais Il ne lui permet pas de voir pleinement Son visage.

La deuxième chose que Moïse n'a pas reçue, c'est l'entrée dans la Terre promise. Pendant quarante ans, il a conduit le peuple d'Israël dans le désert. Il a supporté ses murmures, ses révoltes et ses infidélités. Il a porté ce peuple jusqu'aux portes de la Terre promise. Pourtant, lui-même n'y entre pas. Dieu lui permet de voir la terre depuis le mont Nébo, mais Il ne lui permet pas d'y entrer.

Voilà donc Moïse : un homme qui a servi Dieu pendant toute sa vie, un homme qui a souffert pour Dieu, un homme qui a conduit Son peuple, et pourtant, à la fin de sa vie, deux de ses désirs les plus profonds ne sont pas accomplis.

Mais alors arrive le Thabor. Et c'est ici que nous découvrons quelque chose de merveilleux sur notre Dieu. Dieu n'avait pas oublié Moïse.

Ce que Moïse n'avait pas reçu pendant sa vie terrestre, Dieu allait le lui donner d'une manière beaucoup plus grande.

Moïse avait demandé : « Fais-moi voir ta gloire. » Et maintenant, sur le mont Thabor, Moïse se tient devant le Christ transfiguré. Celui dont il n'avait pas pu contempler pleinement la face est devant lui dans Sa gloire. Le visage du Christ resplendit comme le soleil. Moïse contemple cette gloire divine qu'il avait autrefois demandée. Mais Dieu ne lui donne pas seulement ce qu'il avait demandé. Il lui donne davantage.

Parce que Moïse n'est pas simplement devant une manifestation de la gloire de Dieu. Il se trouve devant le Christ Lui-même, le Fils de Dieu devenu homme. Celui que Moïse n'avait pas pu voir pleinement dans l'Ancienne Alliance, il Le rencontre maintenant dans la plénitude de Sa révélation.

Et il y a encore cette deuxième demande non accomplie.

Moïse n'était pas entré dans la Terre promise. Il l'avait vue de loin, mais il n'y était pas entré. Et maintenant, nous le retrouvons sur une montagne, en présence du Christ.

Il comprend alors, d'une certaine manière, que la véritable Terre promise n'était pas simplement un territoire. La véritable promesse de Dieu n'était pas seulement une terre où Israël pourrait vivre. La véritable promesse était la communion avec Dieu Lui-même. Et cette communion, Moïse la reçoit auprès du Christ.

Ainsi, ce que nous pensions être un refus de Dieu apparaît finalement comme quelque chose de beaucoup plus mystérieux. Dieu n'avait pas dit à Moïse : « Je ne te donnerai jamais cela. » Dieu lui avait dit, en quelque sorte : « Pas de cette manière. Pas encore. Je prépare quelque chose de plus grand. »

Et je crois que c'est une parole très importante pour chacun de nous. Parce que nous avons tous, dans notre vie, des choses que Dieu ne nous a pas données.

Nous avons prié pour certaines choses. Nous avons demandé à Dieu de changer certaines situations. Nous avons demandé une guérison, une solution, une porte qui s'ouvre, une rencontre, un travail, une réconciliation, quelque chose que nous pensions bon pour nous. Et parfois, malgré nos prières, la situation ne change pas.

Alors nous pouvons être tentés de penser : « Dieu m'a refusé. Dieu ne m'a pas écouté. Dieu m'a oublié. »

Mais la vie de Moïse et la fête de la Transfiguration nous demandent de regarder les choses autrement. Parce que le silence de Dieu n'est pas nécessairement un abandon. Et un refus de Dieu n'est pas nécessairement la fin. Parfois, Dieu ne nous donne pas ce que nous demandons parce qu'Il veut nous donner quelque chose que nous ne savons même pas encore demander.

Nous demandons que Dieu enlève la croix, mais Il peut nous donner la force de porter cette croix avec Lui. Nous demandons la Terre promise, et Dieu veut nous donner le Royaume.

Que le Christ transfiguré nous donne donc la grâce de Lui faire confiance, même lorsque nous ne comprenons pas. Qu'Il nous apprenne à accepter Sa volonté, non pas avec résignation, mais avec foi.

Et qu'un jour, comme Moïse sur le Thabor, nous puissions nous aussi contempler Sa gloire et comprendre pleinement que derrière toutes les grâces reçues, derrière toutes les épreuves traversées, derrière même certains refus que nous ne comprenions pas, se trouvait toujours l'amour de Dieu qui nous conduisait vers quelque chose de plus grand.

A Lui la gloire avec le Fils et le Saint Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen. 

 

Prêtre Zhivko Zhelev