La Mère de Dieu comme chemin vers le Christ

 

 

Bien-aimés frères et sœurs,

En cette fête de la Dormition de la Très Sainte Mère de Dieu, l'Église nous fait contempler un mystère étonnant : celle qui a porté dans sa chair le Seigneur de la vie connaît elle aussi la mort. Mais l'Église ne parle pas simplement de sa mort ; elle parle de sa Dormition, de son « sommeil », parce que pour celui qui appartient au Christ, la mort n'est plus une fin. La Mère de Dieu s'endort, et son Fils vient recevoir son âme. Celui qu'elle avait porté dans ses bras lorsqu'il était enfant vient maintenant accueillir sa Mère dans la gloire.

Et peut-être est-ce précisément là que nous comprenons le mieux la place de la Mère de Dieu dans notre vie chrétienne. Marie ne nous détourne jamais du Christ. Elle ne nous demande jamais de nous arrêter à elle. Toute sa personne, toute sa vie, toute sa sainteté nous conduisent vers son Fils. Aux noces de Cana, elle prononce une parole qui pourrait résumer toute sa vocation : « Faites tout ce qu'Il vous dira. » Elle ne dit pas : « Faites ce que je vous dis », mais : « Faites tout ce qu'Il vous dira. » Voilà le véritable visage de la Mère de Dieu : celle qui nous montre le Christ et qui nous apprend à L'écouter.

C'est pourquoi l'Église orthodoxe aime et vénère la Mère de Dieu avec tant de profondeur. Nous ne l'honorons jamais séparément de son Fils. Sa grandeur vient précisément de son union avec Lui. Saint Jean Damascène, dans son homélie sur la Dormition, rappelle que la gloire de Marie est inséparable de celle du Verbe qui s'est fait chair en elle. Elle est toute entière tournée vers le Christ, parce que toute sa vie a été un consentement à Dieu : « Voici la servante du Seigneur. » Elle a reçu la parole, elle a reçu le Verbe, elle a gardé dans son cœur les événements qu'elle ne comprenait pas, elle est demeurée fidèle au pied de la Croix, et maintenant elle entre dans la gloire de Celui auquel elle a donné toute sa vie.

Marie nous enseigne ainsi quelque chose de très simple et de très difficile : recevoir le Christ. Nous savons facilement parler de Dieu, penser à Dieu, demander des choses à Dieu ; mais Marie nous apprend à faire silence devant Dieu, à laisser Sa parole entrer dans notre cœur et à y demeurer. Elle est celle qui a reçu le Christ avant même que le monde puisse Le voir. Elle nous montre donc ce que doit être l'Église et ce que doit être chacune de nos vies : un cœur qui reçoit le Christ et qui Lui fait de la place.

Et lorsque nous regardons la Dormition, nous comprenons que cette union au Christ ne s'arrête pas devant la mort. Marie a connu la souffrance, elle a connu la Croix, elle a connu la douleur de voir son Fils mourir selon la chair; mais elle n'a jamais cessé de demeurer avec Lui. C'est pourquoi sa Dormition devient pour nous une image de notre propre vocation. Nous aussi, nous connaîtrons la mort. Nous aussi, nous devrons quitter ce monde. Mais notre espérance n'est pas de ne jamais mourir. Notre espérance est de savoir entre les mains de qui nous remettons notre vie. Celui qui reçoit aujourd'hui l'âme de sa Mère est le même Christ qui nous dit : « Je suis la résurrection et la vie. »

Frères et sœurs, si nous voulons vraiment honorer la Mère de Dieu aujourd'hui, faisons donc ce qu'elle nous demande elle-même : regardons le Christ. Si nous voulons l'aimer, aimons son Fils. Si nous voulons suivre son exemple, apprenons comme elle à dire « oui » à Dieu, dans les grandes choses comme dans les petites, dans la joie comme dans l'épreuve. Car la mère de Dieu ne garde rien pour elle : elle nous donne le Christ. Elle nous conduit au Christ. Elle nous apprend à recevoir le Christ. Et jusque dans sa Dormition, elle nous montre que notre destinée n'est pas le tombeau, mais la vie ; non pas l'éloignement de Dieu, mais l'union avec Lui.

En ce jour de fête, demandons donc à la Très Sainte Mère de Dieu de nous apprendre cette fidélité simple et profonde : demeurer avec son Fils. Lorsque nous ne comprenons pas, demeurer avec Lui. Lorsque nous souffrons, demeurer avec Lui. Lorsque nous tombons, revenir à Lui. Et lorsque viendra notre dernière heure, remettre notre vie entre Ses mains avec la même confiance.

Car toute la vie de Marie semble nous répéter une seule parole : « Faites tout ce qu'Il vous dira. » Et si nous savons vivre ainsi, alors nous pourrons mourir ainsi : non pas seuls, non pas abandonnés, mais entre les mains du Christ, Celui qui a vaincu la mort et qui ouvre à ceux qui Lui appartiennent les portes de la vie éternelle.

Très Sainte Mère de Dieu, toi qui as porté le Christ, apprends-nous à Le recevoir ; toi qui L'as suivi jusqu'à la Croix, apprends-nous à Lui rester fidèles ; toi qui demeures maintenant auprès de Lui dans la gloire, conduis-nous jusqu'à ton Fils, afin qu'au terme de notre vie nous puissions, nous aussi, entrer dans la vie qui ne finit pas. Amen.

 

Prêtre Zhivko Zhelev