La vigne confiée par Dieu :

le don qui devient responsabilité

 

Bien-aimés frères et sœurs en Christ, dans l’Évangile que nous venons d’entendre, le Seigneur nous parle d’un homme qui planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y construisit une tour et la confia à des vignerons. Lorsque vint le temps des fruits, il envoya ses serviteurs pour recevoir ce qui lui appartenait. Mais les vignerons les maltraitèrent et les tuèrent. Finalement, le maître envoya son propre fils, pensant qu’ils le respecteraient. Mais ils le saisirent, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. Cette parabole annonce clairement le mystère du Christ : les serviteurs représentent les prophètes envoyés par Dieu, et le fils représente le Fils unique, Celui qui vient Lui-même au milieu de Son peuple. Mais cette parole ne concerne pas seulement ceux qui ont vécu autrefois. Elle nous concerne directement, car chacun de nous a reçu une vigne que Dieu lui a confiée.

Notre vie est cette vigne. Nous avons reçu de Dieu notre existence, notre temps, nos capacités, notre famille, notre travail, nos relations et tout ce que nous possédons. Mais nous faisons facilement une erreur : nous oublions que nous sommes seulement des gestionnaires et nous commençons à vivre comme si nous étions les propriétaires. Nous disons : « ma vie, mon avenir, mon argent, mes projets », comme si tout nous appartenait absolument. Pourtant, tout est un don de Dieu et tout doit finalement retourner vers Dieu. Le maître de la vigne attend des fruits. Il ne demande pas que nous possédions davantage, mais que nous portions du fruit : le fruit de la foi, de l’amour, du pardon, de la patience, de la miséricorde et de l’humilité. La véritable question que cette parabole nous pose n’est donc pas : « Est-ce que je suis religieux ? », mais : « Est-ce que ma vie porte du fruit pour Dieu ? » Car nous pouvons venir à l’église, connaître les prières et participer aux offices, tout en laissant notre cœur rempli de colère, d’orgueil, de rancune ou d’indifférence. Le Seigneur regarde les fruits.

Ce qui est particulièrement touchant dans cette parabole, c’est la patience du maître. Après avoir envoyé ses serviteurs et les avoir vus maltraités, il ne détruit pas immédiatement les vignerons. Il envoie encore. Puis, finalement, il envoie son propre fils. Saint Jean Chrysostome voit dans cette patience une manifestation de la bonté de Dieu envers l’homme : Dieu ne cesse pas immédiatement d’appeler celui qui s’éloigne de Lui ; Il lui donne encore du temps pour se repentir. Nous devons nous souvenir de cela lorsque nous regardons notre propre vie. Combien de fois Dieu nous a-t-Il parlé ? Peut-être par l’Évangile, par une personne, par une épreuve, par notre conscience, par une maladie ou simplement par cette petite voix intérieure qui nous disait : « Il faut changer. Il faut pardonner. Il faut revenir à Dieu. » Et combien de fois avons-nous remis à demain ? Pourtant, Dieu continue d’attendre. Sa patience est le temps qu’Il nous donne pour revenir à Lui.

Mais le moment le plus terrible de la parabole arrive lorsque le maître envoie son fils. Les vignerons le reconnaissent comme l’héritier et pourtant ils décident de le tuer. Ici, le Seigneur annonce Sa propre Passion. Le Fils de Dieu vient dans le monde et le monde Le rejette. Celui qui est venu donner la vie est conduit à la mort. Celui par qui tout a été créé est rejeté par Sa propre créature. Mais ce qui paraît être une défaite devient précisément le moyen de notre salut. C’est pourquoi Jésus cite le psaume : « La pierre qu’ont rejetée ceux qui bâtissaient est devenue la principale de l’angle. » Voilà le cœur de notre foi. Les hommes rejettent le Christ, mais Dieu fait de Lui la pierre angulaire. Les hommes voient la Croix comme une défaite, mais Dieu y révèle Son amour et Sa victoire. Les hommes mettent le Christ dans le tombeau, mais le Père Le ressuscite. Dans la foi orthodoxe, nous ne pouvons jamais séparer la Croix de la Résurrection : le Christ crucifié est le Christ ressuscité, et la pierre rejetée est devenue le fondement de l’Église et de notre espérance.

Cette parole nous invite alors à nous demander sur quoi nous construisons notre propre vie. Nous pouvons construire sur l’argent, la réussite, la réputation, nos propres forces ou les choses de ce monde, mais toutes ces choses sont fragiles. Elles peuvent disparaître en un instant. Le Christ, Lui, demeure. Lorsque notre vie est construite sur Lui, nous pouvons traverser les épreuves sans perdre l’espérance. Nous pouvons tomber et nous relever, parce que nous savons vers qui retourner. Nous pouvons connaître l’échec, la souffrance et même la mort sans croire que tout est terminé, parce que notre fondement est le Christ ressuscité. Voilà pourquoi l’Évangile ne nous demande pas seulement de croire en Jésus avec nos lèvres, mais de construire notre existence sur Lui.

Alors, frères et sœurs, regardons aujourd’hui notre propre vigne. Quels fruits le Seigneur pourrait-Il y trouver ? Y trouve-t-Il l’amour, le pardon, la patience et la miséricorde ? Ou bien y trouve-t-Il encore beaucoup de ronces que nous refusons d’arracher ? Peut-être avons-nous cessé de prier comme autrefois. Peut-être gardons-nous une rancune contre quelqu’un. Peut-être sommes-nous devenus indifférents à la souffrance de notre prochain. Peut-être voulons-nous que Dieu change les autres alors qu’Il nous demande d’abord de changer nous-mêmes. Mais ne désespérons pas. Le même Dieu qui attend les fruits est le Dieu qui nous donne encore le temps de les porter. Tant que nous sommes vivants, le repentir est possible. Un cœur endurci peut devenir doux, celui qui s’est éloigné peut revenir, et celui qui a beaucoup chuté peut encore se relever.

C’est pourquoi nous devons accueillir cette parabole non comme une condamnation des autres, mais comme un appel personnel. Dieu nous a confié une vigne : notre propre vie. Ne cherchons pas à en devenir les propriétaires absolus. Rendons-la à son Maître. Disons-Lui : « Seigneur, tout ce que j’ai, vient de Toi. Apprends-moi à en faire bon usage. Fais de ma vie une vigne qui porte du fruit pour Ton Royaume. » Et lorsque nous venons à la Divine Liturgie, lorsque nous nous approchons du Christ dans les Saints Mystères, souvenons-nous que nous venons à Celui qui a été rejeté par les hommes mais qui est devenu la pierre angulaire. Il ne vient pas seulement nous montrer nos fautes ; Il vient nous donner Sa grâce afin que nous puissions devenir capables de porter du fruit.

Que le Seigneur nous accorde donc de ne pas garder notre vie pour nous-mêmes, mais de la Lui offrir. Qu’Il arrache de notre cœur tout ce qui empêche Son amour de porter du fruit. Et lorsque viendra le jour où nous nous tiendrons devant le Maître de la vigne, puisse-t-Il trouver en nous, malgré nos faiblesses et nos chutes, les fruits d’une foi vivante, d’un amour sincère et d’un véritable repentir. Car la pierre qu’ont rejetée ceux qui bâtissaient est devenue la pierre angulaire : le Christ est notre fondement, le Christ est notre salut, et le Christ est notre espérance.

À Lui soient la gloire, l’honneur et l’adoration, avec Son Père éternel et Son Très-Saint, Bon et Vivifiant Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.

 

Prêtre Zhivko Zhelev